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lundi 4 avril 2016

Des hôtesses d’Air France refusent de se voiler lors des escales en Iran



J’aurais bien aimé publier le commentaire d’un ami qui m’a fait bien rire face à cette polémique, mais finalement je le trouvais un ptit peu trop politiquement  NO correct.
Ce qu’il disait en gros…
Non vraiment c’est pas disable, je pourrais me faire arrêter pour indécence intellectuelle
Lorraine
 

source:Le Monde
 Plusieurs hôtesses d’Air France refusent d’avoir à porter le voile en atterrissant à Téhéran, capitale de l’Iran vers laquelle la reprise des vols depuis Paris est programmée pour la mi-avril, a annoncé samedi 2 avril le Syndicat national du personnel navigant commercial (SNPNC).

En vue de la réouverture de la liaison Paris-Téhéran, la direction d’Air France a diffusé une note interne obligeant le personnel navigant féminin à « porter un pantalon durant le vol, une veste ample et un foulard recouvrant les cheveux à la sortie de l’avion », a expliqué Christophe Pillet, élu du SNPNC au comité central d’entreprise, confirmant une information du site Francetvinfo.
« Atteinte à la liberté de conscience »

« Tous les jours, nous avons des appels d’hôtesses de l’air inquiètes, qui nous disent qu’elles ne veulent pas porter le foulard », a affirmé ce responsable syndical. Lors d’une réunion du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, vendredi, il a demandé à la direction, conjointement avec l’UNSA, de « mettre en place un volontariat » afin de ne « pas porter atteinte à la liberté de conscience » de certaines hôtesses.

« Mais la direction campe sur ses positions, alors que ça fait des mois qu’on l’alerte là-dessus. Elle parle de sanctions pour celles qui refuseront », a regretté M. Pillet. Selon lui, Air France « a le temps de recenser les personnels volontaires, qui pourraient suffire à assurer la liaison ».
Air France invoque la loi

De son côté, Air France a expliqué que ses équipages étaient « tenus, comme tous les visiteurs étrangers, de respecter les lois des pays dans lesquels ils se rendent ».

« La loi iranienne impose le port d’un voile couvrant les cheveux, dans les lieux publics, à toutes les femmes présentes sur son territoire. Cette obligation, qui ne s’applique donc pas durant le vol, est respectée par toutes les compagnies aériennes internationales desservant la République d’Iran. »

La compagnie fait valoir que l’obligation du port d’un foulard dans certaines escales « n’est pas nouvelle », puisqu’elle fut appliquée par le passé notamment en Arabie saoudite, et à l’époque où Air France desservait Téhéran.

Air France a annoncé en décembre la réouverture à partir du 17 avril de la liaison Paris-Téhéran, suspendue en 2008 à la suite de sanctions internationales contre la République islamique, à raison de trois vols hebdomadaires.

La Femme, la mode islamique et la loi du commerce

http://carnetsdesperances.fr/2016/04/04/femme-mode-islamique-loi-commerce/
L’actualité est encore encombrée par une polémique à connotation religieuse dont on se serait bien passé. Mais elle soulève des questions importantes, alors parlons-en.

Je suis évidemment d’accord avec Elisabeth Badinter quand elle appelle au boycott des marques qui proposent aux femmes des vêtements dits « islamiques ». Cette prétendue « mode islamique » est la triste conséquence de la rencontre entre la loi du profit, et l’extension jamais interrompue du communautarisme dans notre société.

L’appât du gain amène aujourd’hui les marques à faire l’apologie de ces vêtements qui enferment les femmes dans un statut d’être inférieur, devant cacher leurs formes face à la concupiscence des mâles : quelle image des hommes mais surtout quelle spectaculaire rétrogradation pour les femmes dans notre société, quelle regrettable atteinte à leur liberté !

Mais cette irruption de la mode islamique dans le débat public n’est guère étonnante. Elle suit en effet un mouvement général d’abdication devant les revendications communautaristes et de montée en puissance d’idéologies mortifères, allant totalement à rebours de notre mode de vie, de l’émancipation féminine et plus largement de ces libertés individuelles que nous chérissons en France.

La classe politique porte une responsabilité importante dans cette montée de l’intolérance, dans ces évolutions réactionnaires. Des dizaines d’années de silence, de renoncement, d’acceptation tacite devant l’affirmation de revendications pourtant inadmissibles et rejetées par la grande majorité des Français, expliquent ce que nous subissons aujourd’hui. L’histoire s’est accélérée ces dernières années, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, communautariste devant l’éternel, chantre de la discrimination positive et immigrationniste forcené, puis sous celle de François Hollande. La loi El Khomri, qui organise aujourd’hui la précarisation des salariés les plus fragiles, au premier rang desquels les femmes, inscrit aussi comme règle la liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses, livrant ainsi nombre de chefs d’entreprise au désarroi et à l’impuissance face à d’insupportables revendications communautaristes, alors qu’il faudrait les soutenir pour y répondre avec fermeté !

On voit bien là la patte de Manuel Valls, toujours prompt à invoquer la République dans ses discours, jamais disposé en réalité, si l’on y regarde bien, à la défendre dans les faits. Au contraire, après Nicolas Sarkozy, Manuel Valls détruit l’ordre républicain, en s’attaquant à ce pilier essentiel qu’est la laïcité. C’est lui d’ailleurs qui avait empêché qu’on interdise le voile à l’université.

Il y a là tant de lâcheté politique chez ce monsieur… Alors, quand je vois ce même Manuel Valls encenser sur Twitter les positions d’Elisabeth Badinter, je me dis que l’hypocrisie n’a guère de limites !

Puisque nous parlons des droits des femmes, un mot sur la polémique concernant les hôtesses d’Air France sur la ligne Paris-Téhéran. Que l’on respecte les coutumes iraniennes sur le sol iranien, certes. Mais de grâce, que l’on n’impose cela à personne ! Aucune salariée d’Air France ne devrait être contrainte de porter le voile une seconde. Alors je rejoins cette position de bon sens : il faut respecter le principe du volontariat sur cette ligne aérienne.

Accessoirement, si chacun admet la règle « A Rome, fais comme les romains », on s’étonne que certains admettent les burqas portées chez nous par les riches clientes du Moyen-Orient.

J’aimerais tellement qu’on puisse dans notre pays aujourd’hui parler d’autre chose, et mener d’autres combats. Sur la question du droit des femmes ou de la lutte contre le communautarisme, nous menons des combats de défense de nos valeurs, de notre liberté, de notre mode de vie. Plus exactement, nous sommes quelques voix à nous élever pour organiser la résistance, tant bien que mal.

Alors, s’il nous faut bien sûr réparer les fautes de ceux qui ont contribué à défaire la laïcité, à faire le lit des revendications communautaristes, je ne me résoudrai pas à ce discours défensif. Et j’ai bien l’intention de proposer à notre jeunesse autre chose que la lutte contre ces régressions moyenâgeuses dans lesquelles on cherche à emmener la France.

Je veux lui parler d’avenir, lui offrir des perspectives, la remettre dans un esprit positif de conquête !

mardi 11 février 2014

Ce que révèle l’alliance de certains musulmans avec la droite réactionnaire


Farida Belghoul évoque la question du genre dans une vidéo postée sur ERTV, la chaîne de télévision en ligne de l’association Egalité et réconciliation fondée par Alain Soral. | DR

Lors des protestations contre le mariage pour tous et l'apprentissage de l'égalité à l'école, nous assistons à une cristallisation visible de la conjonction entre des personnes et groupes se revendiquant de l'islam, de chrétiens conservateurs, voire intégristes, et de l'extrême droite.
Cette alliance étonne dans la mesure où l'extrême droite, dans son recyclage des vieilles idées xénophobes et dans sa crispation sur l'identité nationale, cible les musulmans en France comme la source d'une menace identitaire. Comment se fait-il alors qu'elle partage le même camp que certains musulmans dans la défense de valeurs familiales qui sauveraient la société française de la perversion et de la décadence découlant, selon eux, de l'égalité des sexes, du mariage pour tous et de la lutte contre l'homophobie ? Comment analyser ce paradoxe ?

Que nous apprend-il sur les enjeux politiques, sociaux et culturels des rapports de force engagés dans ces contestations ? Soulignons tout d'abord qu'il existe une alliance historique entre tous les extrémismes religieux face à l'égalité des sexes, que ce soit au niveau international, européen ou français.

NÉGATION DES DROITS DES FEMMES

Dans toutes les conférences internationales sur les droits des femmes, ils font opposition commune à l'égalité et à la liberté sexuelle au prétexte de la préservation du respect de l'identité culturelle et cultuelle.

Leur proposition – commune elle aussi – porte sur le remplacement du concept d'égalité des sexes par celui de leur complémentarité, désignée par équité.

Or, leur fameuse complémentarité se décline dans la négation des droits des femmes à maîtriser leur corps et leur sexualité, et dans la négation de l'application des droits communs aux personnes homosexuelles. Une prétendue préservation de la famille justifie ainsi les discriminations, les violences et la domination masculine. La liberté sexuelle s'en trouve diabolisée comme source de décadence.

L'alternative des extrêmes pour sauver la famille et la société se résume alors à un retour de l'ordre moral répressif fondé sur un modèle identitaire uniformisé pour l'ensemble des individus. La hiérarchie des sexes est la colonne vertébrale qui donne corps à ce modèle fantasmé bien dépassé par l'évolution de la société actuelle.

C'est cette dimension qui explique par la suite l'alliance paradoxale de l'extrême droite avec ceux qui préconisent le recours à l'islam comme mesure des lois et des règles civiles (tendance qui prospère sous l'influence de l'islamisme, tout comme l'extrême droite déteint sur certaines tendances de droite). Ils se rapprochent ainsi dans la projection d'un ordre moral fantasmé, quand bien même les avancées démocratiques en marquent la fin au profit de la reconnaissance de l'égalité des droits et de l'autonomie individuelle.

PLURALITÉ DE MODÈLES FAMILIAUX

Loin d'entraîner la dislocation des familles, l'éthique démocratique permet l'épanouissement d'une pluralité de modèles familiaux et le remplacement des liens patriarcaux par des liens fondés sur le respect mutuel, la communication et la participation égalitaire. Ce modèle va à l'encontre de l'ordre autoritaire rêvé par les extrêmes, qui prônent une identité imposée à tous au nom de la patrie, de la religion, des traditions…

En tant que cellule de base de la communauté ou de la société, la famille est par excellence le lieu de projection de cette identité, et ce d'autant plus que, dans la famille, s'exprime l'affectif et se transmettent des codes culturels, des lois et des repères sociaux. Il n'est donc ni étonnant ni fortuit que les propagandes extrémistes visent les familles. Une triple confusion fonde leurs discours démagogiques.

La confusion entre l'égalité et l'identité veut convaincre que l'égalité des sexes uniformise l'identité sexuelle, alors qu'elle est, en réalité, la garante de l'autonomie des individus et de leur liberté. Le fantasme de l'uniformisation identitaire est, en revanche, porté et propagé par les adversaires de l'égalité.

La confusion entre la liberté sexuelle et la marchandisation de la sexualité vise à diaboliser cette liberté comme cause de la perversion des rapports de sexe et de la prostitution. Or, la reconnaissance de la liberté sexuelle permet une éducation en faveur de la responsabilisation des individus, contre les violences sexuelles et pour le respect de l'intégrité de soi et de l'autre.

La confusion entre l'autorité et la domination cherche à diaboliser la démocratie, l'exercice parental égalitaire, l'école publique et laïque. Les adversaires de l'égalité dénoncent la disparition de l'autorité des parents et des maîtres afin de promouvoir le retour à un ordre anti-démocratique.

TRANSFORMATION DE LA NOTION D'AUTORITÉ

En réalité, l'évolution sociétale engage une transformation de la notion d'autorité : d'une autorité basée sur la domination et la soumission à une autorité fondée sur la communication et la négociation dans le respect des droits, notamment ceux des enfants.

Il reste à s'interroger sur la portée de ces confusions auprès des parents. Sans exagérer le succès de cette propagande démagogique, cette interrogation doit permettre de se pencher sur les enjeux importants que lance l'évolution démocratique en cours.

Dans un contexte de crise économique et sociale qui fragilise les individus, l'ordre autoritaire proposé par les mouvements identitaires peut séduire et leurs ressources de propagande ne manquent pas. En face, les moyens pédagogiques pour la prise de conscience par les individus de l'intérêt que représentent ces changements de mentalité pour la société, les familles et les enfants, ne sont pas du tout à la hauteur.

Source:  Le Monde.fr

lundi 27 janvier 2014

Les Droits de l'Homme : que reste-t-il des valeurs qui ont fondé ces droits ?



Manifestation de personnes déplacées pour faire place à des projets économiques à Bombay le 23 juillet 2007 (Arko Datta/Reuters).

Accrochez-vous, la déferlante des droits de l’homme va vous tomber dessus. Dans un pays qui continue de se proclamer leur « patrie », le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le 10 décembre, ne pouvait pas être manqué. Mais, au-delà des bons sentiments, ces droits sont-ils encore universels ?

Un peu d’histoire

Nous avons la chance d’avoir encore un grand témoin de l’élaboration et de l’adoption de la Déclaration universelle de 1948 en la personne de Stéphane Hessel, 92 ans, personnage aux dimensions mythiques, fils de père allemand et de mère française, dont la famille a inspiré l’histoire de « Jules et Jim » portée à l’écran par Truffaut ; résistant torturé par la Gestapo ; diplomate engagé dans la construction du monde multilatéral d’aprè-guerre ; aujourd’hui encore militant, notamment de la défense des sans-papiers (on se souvient qu’il fut le médiateur lors de l’occupation de l’église Saint-Bernard, en 1997).

Tout jeune diplomate, Stéphane Hessel a fait partie des pionniers de l’ONU et a été témoin de la négociation de la Déclaration, sous l’égide de fortes personnalités comme le Français René Cassin (1887-1976) ou Eleanor Roosevelt (1884-1962), la veuve du président américain.

Dans un livre récent d’entretiens avec le journaliste Jean-Michel Helvig (« Citoyen sans frontières », Fayard, 2008), Stéphane Hessel souligne que cette déclaration était d’abord celle des vainqueurs de la guerre, et qu’il y avait eu débat sur le mot « universel » :
« Ne valait-il pas mieux parler de Déclaration “internationale” plutôt qu’“universelle”, ce qui paraîtrait prétentieux ou en tout cas inexact ? Mais [les Français] Henri Laugier et Cassin pensaient que les “vaincus” reprendraient un jour leur place dans les Nations unies, et que la Déclaration leur serait donc applicable. »
Il fut souvent opposé à cette Déclaration qu’elle serait celle du monde occidental et blanc, à l’image des 56 Etats de la toute nouvelle ONU qui l’étaient en grande partie, même si les empires coloniaux étaient encore intacts. Hessel rappelle le débat avec les pays communistes conduits par l’URSS, qui mettaient l’accent sur les droits économiques et sociaux plutôt que sur les droits civils et politiques :
« On redoutait un vote négatif des pays communistes, mais aussi des arabes -notamment l’Arabie saoudite, représentée par un Jordanien très énergique- qui avaient du mal à accepter l’égalité des droits entre l’homme et la femme figurant dans la Déclaration. »
Résultat : le texte a été adopté par 48 Etats sur 56, l’Afrique du Sud (sous domination blanche à l’époque), l’Arabie saoudite, la Pologne, la Tchécoslovaquie, l’URSS et la Yougoslavie s’abstenant, tandis que le Honduras et le Yemen ne prenaient pas part au vote. Universalité relative, donc, mais pas non plus un club totalement fermé.

Une mise en œuvre à géométrie variable

La Déclaration universelle s’est rapidement heurtée à deux obstacles majeurs : la guerre froide naissant peu de temps après l’adoption de ce texte et grippant la machine multilatérale onusiennne ; et l’hypocrisie générale des Etats signataires, même si la sincérité de leurs auteurs n’est pas en doute.

La guerre froide, avec la division de l’Europe en deux blocs antagoniques, et la guerre de Corée qui éclata en 1950, limita la portée de la démarche engagée à l’ONU. Outre la Déclaration, il devait y avoir des pactes pour en préciser la mise en œuvre, et une Cour internationale pour les droits de l’homme afin que les Etats rendent des comptes sur leurs actions.

Il faudra attendre vingt ans pour obtenir la signature des deux pactes -celui sur les droits économiques et sociaux, et celui sur les droits civils et politiques- dont la portée reste aujourd’hui limitée ; et la Cour pour les droits de l’homme s’est transformée en simple Commission sans grand pouvoir. L’élan de l’immédiat après-guerre, porté par le « plus jamais ça » de ceux qui avaient vécu l’horreur et la barbarie, avait cédé la place aux enjeux de puissances.

Quant à l’hypocrisie, est-il vraiment besoin de la démontrer ? La France elle-même, vertueuse et volontiers donneuse de leçons, signait la Déclaration universelle, mais se refusait à décoloniser. Pour citer encore Stéphane Hessel :
« On a voulu ralentir [la décolonisation, ndlr] en affirmant que les droits de l’homme seraient mieux respectés par le canal de notre administration que par une décolonisation trop rapide. »
L’écrivain malgache Jean-Luc Raharimanana rappelait vendredi sur Rue89 le souvenir du massacre commis par l’armée française à Madagascar en 1947 : des dizaines de milliers de morts au moment même où les négociateurs français défendaient un bel idéalisme à New York. Et il ne s’agit évidemment pas d’un cas unique.

Il est heureux que ce soixantième anniversaire coïncide avec la fin de l’ère Bush, qui a été marquée par le viol répété non seulement des principes de la Déclaration universelle, mais des lois américaines elles-mêmes, avec les centres de détention extraterritoriux, la torture, les emprisonnements sans procès... Et, par dessus tout, la ruine de toute idée d’« ingérence humanitaire » avec l’envoi d’un corps expéditionnaire en Irak au nom de la démocratie, pour plonger ce pays dans un bain de sang sans précédent.

Et que dire des Etats qui n’étaient pas encore nés lors de la signature de la Déclaration « universelle », et qui se sont empressés d’en fouler aux pieds les principes dès lors qu’ils se sont libérés du joug colonial. Les dictatures du tiers-monde n’ont pas été plus vertueuses que leurs maîtres coloniaux, quelle qu’ait été leur couleur politique ou leur latitude.

Le bilan des soixante ans écoulés depuis la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme est assurément pénible : d’un côté, de formidables avancées avec l’émancipation du monde colonial, la construction d’un code international de règles et de normes, l’émergence d’une société civile sans précédent ; mais de l’autre, des violations massives, individuelles ou collectives, de ces mêmes droits, et même le retour du génocide malgré le « plus jamais ça » de 1945.

Peut-on croire encore en l’universalisme ?

On l’a vu, la principale contestation initiale de la Déclaration universelle des droits de l’homme est venue du monde communiste, au nom des droits économiques et sociaux. Ce clivage est aujourd’hui révolu (même si, par un retour de l’histoire, quand le Nouvel Observateur demande aux Français quels droits sont mal respectés en France, c’est le « droit au travail » qui arrive en tête), mais a été remplacé par une approche culturaliste.

Il y a eu les « valeurs asiatiques » chères à l’homme fort de Singapour, Lee Kwan Yew, qui cachait derrière un paternalisme confucéen un autoritarisme très classique. Là encore, l’argument a largement vécu. Même la Chine, un temps tentée par l’approche à la Lee Kwan Yew, accepte aujourd’hui le principe des droits de l’homme : elle a juste quelques difficultés à les mettre en œuvre...

Mais il y a aujourd’hui une lame de fond de contestation au sein du monde musulman, rejetant des valeurs discréditées, il est vrai, par la volonté américaine de les imposer par la force. Sans parler des positions extrêmes à la Ben Laden, il y a, y compris au sein du « mainstream » islamique, une contestation de l’universalisme occidental.

Au début de cette année, on ainsi vu l’entrée en vigueur d’une « Charte arabe des droits de l’homme », qui a fait polémique car elle est apparue comme tentative régionale de redéfinir ce qui avait été qualifié d’« universel.

Cette Charte, qui avait été soutenue avec quelques réserves par Louise Arbour, alors haut commissaire des Nations unies aux Droits de l’homme, semble une tentative de compromis entre les principes islamiques, ceux de la Charia, et ceux de la Déclaration universelle. Incorrigible optimiste, Stéphane Hessel trouve lui aussi que cette Charte arabe constitue “une avancée” :

“Certes, elle comporte des omissions sur les femmes, ou des déviations comme sur le sionisme. L’influence des idées existe, et l’idée d’universalité des droits de l’homme est fondamentale, mais les idées ne surmontent pas encore un certain nombre d’obstacles.

Cette Charte constitue cependant un progrès, parce qu’auparavant, les Arabes n’avaient pas réfléchi entre eux à ce que pourraient être les droits de l’homme. Le fait qu’il n’y ait pas aujourd’hui une seule organisation régionale -OUA, OEA, ASEAN- qui ne se soit posé la question des droits de l’homme est un progrès majeur.”

Le problème du monde actuel semble moins tenir à la nature même de ce texte, largement acceptable sous toutes les latitudes et qui, loin de dicter le système politique ou les institutions, est un catalogue de bon sens pour des individus qu’aucun relativisme culturel ou politique ne devrait permettre de soumettre à l’arbitraire du pouvoir de l’heure. Non, l’obstacle numéro un tient aux nouveaux équilibres mondiaux.

Ce ne sont pas tant les principes universels qui sont contestés, que l’organisation du monde tel qu’il a fonctionné jusqu’ici. La quasi mort clinique des Nations unies, le “suicide” de l’hyperpuissance américaine sous l’administration Bush, et l’émergence de nouvelles puissances aux égoïsmes exacerbés, comme la Russie et la Chine, affaiblissent tout le système multilatéral né après la guerre, et surtout les instruments relatifs aux droits de l’homme. L’idée généreuse d’“ingérence humanitaire”, par exemple, est morte par excès d’affection des néoconservateurs américains et leurs amis.

L’arrivée de Barack Obama marque symboliquement une nouvelle étape, et il appartiendra au nouveau président américain de redéfinir, avec les autres puissances de l’heure, les règles du jeu du nouveau monde. Mais il serait dangereux et régressif de ne pas s’appuyer, dans cette démarche, sur l’un des rares textes qui constituent une réelle avancée de l’humanité, cette Déclaration universelle des droits de l’homme, décriée, bafouée, mais toujours indispensable de par son article premier :
“Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits”.
On n’a pas trouvé mieux depuis.

Photo : Lors d’une manifestation de personnes déplacées pour faire place à des projets économiques à Bombay le 23 juillet 2007 (Arko Datta/Reuters).

http://rue89.nouvelobs.com/2008/12/08/les-droits-de-lhomme-sont-ils-universels-oui-mais