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mardi 25 février 2014

Québec inclusif » et le syndrome des trois singes

Y a pas de problème, la « charte » est inutile et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, clament depuis des mois les anti-charte de Québec inclusif. On peut dire qu’ils souffrent du syndrome des trois singes: ils ne voient rien, n’entendent rien et ne disent rien qui risque de déplaire aux intégristes.


J’emprunte cette image des trois singes à Fatoumata Sidibé, une députée belge musulmane et démocrate, que l’on peut entendre à cette émission de Désautels le dimanche (12 janvier, 11h07). Tout ce qu’elle dit sur la situation en Belgique peut s’appliquer au refus de voir la réalité manifesté par nos inclusifs, mieux nommés « inclusivistes » (notez comment Désautels cherche à marginaliser les propos de la députée).

Si Québec inclusif avait besoin d’un nouveau cas pour se réveiller, Lise Payette vient de nous en donner un dans une récente émission des Francs tireurs (à la 11°e minute): à l’Institut de gériatrie de Montréal, une infirmière musulmane voilée a refusé de lui faire sa toilette parce que sa religion lui interdit de toucher les parties génitales d’une autre personne!

Suite à la diffusion de cette entrevue, un autre cas de même nature a été signalé à  Richard Martineau : à l’hôpital Jean-Talon, une infirmière voilée a refusé, pour des raisons religieuses, d’administrer un calmant par suppositoire à un patient qui venait d’être opéré! Les craintes exprimées par Janette Bertrand l’automne dernier à propos de telles éventualités, craintes dénoncées comme islamophobes par les inclusivistes, deviennent tout à coup des réalités. Des réalités qu’ils refusent de voir  par aveuglement volontaire.

Quand la religion disqualifie

Malgré ce genre de dérapage, les inclusivistes continuent de soutenir que le port de signes religieux permet l’intégration par le travail. Si c’est le type d’intégration que nous promet la « laïcité ouverte » à l’intégrisme, on ne se portera que mieux en s’en passant.

Le refus de ces deux infirmières devrait suffire à les disqualifier pour le poste qu’elles occupent puisqu'elles ne peuvent assumer les fonctions élémentaires pour lesquelles elles ont été engagées. Si elles se sont permis de faire passer leurs croyances religieuses avant leur devoir professionnel, c’est que la permission de porter leur hidjab au travail leur ouvre la porte à ce genre d’excès et elle s’attendent à ce qu’il en soit ainsi. C’est pourquoi il faut interdire ces signes ostentatoires: si elles ont franchi les étapes de l’embauche, c’est que les filtres ne sont pas suffisamment serrés. Il faudra encore le répéter souvent parce que les inclusivistes se bouchent les oreilles: le signe religieux ostentatoire ne vient jamais seul parce qu’il est le symbole d’un rapport privilégié avec la religion.

Le message qu’il véhicule est que la religion doit primer sur tout le reste.

Ces deux cas montrent que la faible minorité de musulmanes voilées (autours de 15%) nuit à l’ensemble des musulmanes puisque des employeurs, devant de tels faits, ne peuvent qu’hésiter à les embaucher.

En interdisant le port de ces signes dans les affaires de l’État et dans la fonction publique, on envoie un message clair indiquant de laisser à la porte les croyances religieuses et tout ce qui vient avec. Il faut donner raison à Bernard Drainville qui affirme que cette interdiction contribue à limiter l’expansion de l’intégrisme religieux qui cherche à s’introduire dans l’administration publique. Toute intervention de l’État qui viserait prioritairement à lutter contre l’intégrisme (comme nous le promet Fatima Houda-Pépin) devrait de toute façon inclure une telle mesure.

Aux yeux des inclusivistes, plus de religion dans l’administration publique assurerait plus d’égalité et plus de liberté. Mais aucune religion n’a jamais été un facteur de liberté et d’égalité. Bien au contraire, la conquête des droits humains s’est faite en dépit des religions. Les luttes sociales récentes (droit à l’avortement, mariage des conjoints de même sexe, mort digne, égalité des hommes et des femmes, etc.) sont encore là pour nous le rappeler. Des choses qu’on n’entendra jamais de la bouche des inclusivistes parce qu’ils ont le pied dans la bouche.


Les inclusifs contre la laïcité

Depuis l’invention du terme « laïcité ouverte », concept autour duquel s’est constitué Québec inclusif, les militants laïques ont toujours soutenu qu’il s’agissait d’une pseudo laïcité, d’une laïcité chimérique sans portée. Le débat actuel nous le montre bien. Si les inclusivistes semblent d’accord pour interdire les signes religieux aux policiers, aux juges et parfois aux enseignantes, c’est au nom de la fonction d’autorité ou du rôle pédagogique qu’exercent ces personnes et non au mon de la laïcité. Étant donné qu’à leurs yeux les fonctionnaires n’exercent pas d’autorité (ce qui est faux puisque les fonctionnaires ont pour rôle d’appliquer les lois), les inclusivistes ne voient pas de raison de leur interdire les signes religieux; c’est la meilleures démonstration que pour eux la laïcité n’est pas une raison suffisante pour bloquer l’intrusion du religieux dans les affaires de l’État. Autrement dit, ils n’acceptent la laïcité qu’en théorie et refusent d’appliquer le principe dans la pratique.

http://voir.ca/daniel-baril/2014/01/14/quebec-inclusif-et-le-syndrome-des-trois-singes/

vendredi 21 février 2014

PANIQUE DANS LES RANGS DE LA GAUCHE ANTI-CHARTE

« Électoralisme », « inquisition », « tyrannie de la majorité », les gros mots sont lâchés! Sentant le tapis leur glisser sous les pieds, les Jean-Marc Piotte, Robin Philpot et Paul Cliche, tous identifiés à la gauche, sortent l’artillerie lourde et tirent à boulets rouges sur la Charte et ses partisans.

Ils accusent le Parti Québécois d’électoralisme et invoquent des considérations démocratiques, stratégiques et même révolutionnaires pour justifier leur opposition. Passons-les en revue.

À propos de l’électoralisme

L’accusation la plus commune est que la démarche du Parti Québécois serait électoraliste. Françoise David a été la première, à notre connaissance, à déclarer « qu’une campagne électorale, avec toute sa charge partisane, n’est pas le forum approprié pour débattre de sujets aussi complexes et émotifs » (Communiqué QS, 15 janvier 2014).

Si le peuple n’est pas qualifié pour se prononcer sur des enjeux aussi fondamentaux, qui l’est? Quel serait donc ce « forum approprié » auquel fait référence la porte-parole de QS? Nous n’en voyons qu’un : les tribunaux!

Remplaçons donc le gouvernement du peuple par le gouvernement des juges. Dessaisissons les élus du peuple du dossier pour le confier à des juges dont l’accession à la magistrature n’est pas – c’est bien connu – souillée par de basses considérations partisanes.

Protégeons les minorités de la « tyrannie de la majorité », comme l’affirme Jean-Marc Piotte en citant De la Démocratie en Amérique de Tocqueville.

Faut-il rappeler que la « démocratie en Amérique », et son tant célébré Bill of Rights, auquel fait ici référence Piotte, a vu le jour dans un pays où le cinquième de la population était réduit en esclavage.

Dans l'esprit des Pères de la Constitution américaine, le Bill of Rights n’avait pas pour but une plus grande démocratisation, mais la défense des intérêts de la classe dominante contre les tendances « nivelatrices » de la démocratie, en somme contre la « tyrannie de la majorité ».

Aux États-Unis, la menace aux intérêts des riches venait des petits fermiers endettés, mais dont les maigres ressources donnaient tout de même le droit de vote et la possibilité de contrôler les assemblées locales.

Pour protéger les droits de propriété des banques et des autres grandes institutions capitalistes, la classe dirigeante américaine a rapidement vu la nécessité d’un appareil judiciaire dont les membres seraient nommés à vie et qui posséderait le pouvoir de renverser toute loi qui les menacerait.

Dans les pays anglo-saxons, le rempart contre la « tyrannie de la majorité» s’exerçait par le cens électoral et des institutions non électives comme la Chambre haute (Sénat, Conseil législatif) et les institutions monarchiques (Gouverneur général, Lieutenant-gouverneur). Au Canada, le British North America Act de 1867 octroyait également au gouvernement central un droit de désaveu des lois provinciales.

Cependant, avec l'élargissement du suffrage universel, le Canada et les autres pays anglo-saxons ont progressivement remplacé ces institutions ouvertement antidémocratiques par des chartes des droits, sur le modèle du Bill of Rights américain, et le recours aux tribunaux.

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont imposé aux pays vaincus, le Japon et l’Allemagne, de même qu’à l’Europe, des chartes des droits et libertés pour avoir un « deuxième regard » sur les lois votées par les élus du peuple.

Au cours de la Guerre froide, les États-Unis ont instrumentalisé les droits de l’homme dans leur offensive contre les pays de l’Est. C’est également au nom de la défense des droits de l’homme que Washington a envahi l’Afghanistan et l’Irak.

Droits de l’homme, droits sociaux et droits collectifs

Bien entendu, dans une démocratie, les droits des minorités doivent être protégés. Mais les chartes des droits qui s’inspirent de la Charte des droits adoptée par l’ONU en 1948, comme la Charte canadienne, sont axées essentiellement sur les droits individuels, laissant peu de place aux droits sociaux et aux droits collectifs(1).

Le Québec est bien placé pour LE savoir. La Charte canadienne des droits et libertés ne reconnaît pas son droit à l’autodétermination, ni ses droits linguistiques.

Toute la section 23 de la Charte canadienne a été conçue avec la précision d’une loi fiscale pour invalider des pans entiers de la Loi 101 et préserver les privilèges de la minorité anglophone du Québec. Dans l’arrêt Ford sur l’affichage, la Cour a même élevé les entreprises au rang de « personne morale » et a statué que la notion de liberté d’expression comprenait les messages commerciaux !

Au cœur de la Charte canadienne, se trouve la défense de la propriété privée au détriment des droits sociaux et collectifs.

La Charte canadienne, et les autres chartes des droits à travers le monde, n’ont pas empêché une extraordinaire concentration de la richesse aux mains d’une minorité de bien nantis et de grandes corporations.

Il ne pouvait en être autrement. Le système judiciaire n’est pas détaché de la structure économique et politique d’un pays. L’idéologie des droits de l’homme est l’idéologie du néolibéralisme.

L’attachement indéfectible d’une certaine gauche envers les chartes des droits va de pair avec l’abandon de la critique des fondements capitalistes de la société. Dans les faits, ces militants sont devenus – même si c’est à leur corps défendant – les « compagnons de route » de l’impérialisme.

L’islamisme comme opposition à l’impérialisme ?

Dans sa réplique à Claude G. Charron, Robin Philpot nous dit que son expérience avec l’islam et les musulmans depuis 1972 lui a appris qu’il « faut traiter de ces sujets avec nuance, en ayant une perspective historique et une compréhension de l’impérialisme européen et nord-américain, passé et actuel ». Fort bien. Allons-y.

Nous connaissons des militants qui se voient aujourd’hui en Warren Beatty dans la peau du journaliste John Reed dans le film Reds, accompagnant les bolchéviks dans une grande chevauchée dans les steppes du Kazakhstan, drapeaux rouges claquant au vent, vers les peuples musulmans d’Orient pour les rallier à la Révolution d’Octobre.

C’est d’un beau romantisme. Mais ils oublient que nous ne sommes plus dans le même contexte historique. L’Union soviétique s’est écroulée et la Révolution d’Octobre, le socialisme athée et les luttes de libération nationale ne sont plus l’inspiration révolutionnaire.

Une lecture le moindrement sérieuse de la scène internationale montre que, dans plusieurs régions du monde, l’islam se proclame la principale force d’opposition à l’impérialisme. La Révolution khomeyniste de 1979 a remplacé la Révolution d’Octobre comme source d’inspiration.

Le projet de société des islamistes est – pour employer un euphémisme – quelque peu différent. Plutôt que le socialisme et l’athéisme, on nous propose la charia et l’instauration du califat par des groupes financés par les monarchies pétrolières du Golfe. Plutôt que l’émancipation de la classe ouvrière et des peuples opprimés, on nous invite à un retour à des pratiques moyenâgeuses. Plutôt qu’à un dépassement du capitalisme, on nous convie à un retour au féodalisme.

Bien entendu, un tel projet est économiquement irréalisable. Aussi, peut-on légitimement se demander si ces groupes luttent vraiment contre l’impérialisme ? Ou s’ils sont manipulés par les impérialistes ?

Mais l’impact idéologique de l’islamisme est loin d’être négligeable. Des peuples ne se définissent plus aujourd’hui par leur nationalité, mais par leur religion. Des arabes, on dit qu’ils sont musulmans plutôt qu’Algériens, Tunisiens, Marocains, Égyptiens, etc.

Tout comme le néolibéralisme a atomisé la classe ouvrière et l’a remplacée par l’expression « classe moyenne », qui la définit par sa fonction de consommation plutôt que de production, l’islam définit les peuples par leur religion plutôt que par leur nationalité. C’est un immense pas en arrière. La roue de l’Histoire s’est mise à tourner à l’envers.

Que des militants québécois soient devenus – à leur corps défendant – les « idiots utiles » des islamistes n’est pas une surprise. Déjà, dans les années 1970, les groupes maoïstes « m-l » appuyaient la Révolution khomeyniste. Une partie de la gauche altermondialiste, qui a participé à la création de Québec solidaire, en est l’héritière.

Aujourd’hui, comme hier, la devise est la même : « Le but final n’est rien, le mouvement est tout ». Hier, c’était du suivisme à l’égard d’un mouvement ouvrier en pleine ébullition ; aujourd’hui, on s’agenouille devant l’islam radical.

Droits de l’homme et religion, le cocktail de la Cour suprême

Nous avons montré dans un autre texte qu’on assiste à l’échelle internationale à une convergence historique entre le mouvement des droits de l’homme assujetti à l’impérialisme et l’Organisation de la coopération islamique(1). Les 57 pays qui en sont membres ont adopté en 1990 une Déclaration des droits de l’homme en islam qui ne reconnaît que les droits et libertés conformes à la charia.

Cette convergence historique mondiale déteint même sur les décisions prises par la Cour suprême du Canada dans les dossiers concernant les symboles religieux.

Ainsi, dans l’arrêt sur le port du kirpan, la Cour n’a même pas cherché à savoir si la religion sikhe en imposait le port. Les juges ont déclaré que « le fait que plusieurs personnes pratiquent la même religion de façon différente n’invalide pas pour autant la demande de celui qui allègue une violation à sa liberté de religion ».

« Ce qui importe, précise l’arrêt, c’est que cette personne démontre qu’elle croit sincèrement que sa religion lui impose une certaine croyance ou pratique. »

Le même raisonnement pourrait s’appliquer dans le cas du port du voile islamique. La femme voilée, dont la cause serait portée devant la Cour suprême, n’aurait pas à démontrer que le Coran l’oblige à le porter. Les juges pourraient statuer, s’ils sont conséquents avec leur jugement dans le cas du kirpan sikh, que même si d’autres musulmanes ne portent pas le voile cela « n’invalide pas pour autant la demande de celui qui allègue une violation à sa liberté de religion ».

Il suffit que la femme voilée « croit sincèrement que sa religion lui impose une certaine croyance ou pratique » pour que la Cour lui donne raison.

Nous nageons donc dans la plus complète subjectivité et le cas par cas, comme le démontre l’autorisation récente par la Cour suprême qu’une personne invoquant une croyance religieuse « sincère » puisse dissimuler son visage lors d’un procès criminel.

Convergence politique historique

La convergence historique entre les supposés défenseurs des droits de l’homme et les groupes religieux s’expriment politiquement au Canada dans la condamnation commune de la Charte de la laïcité québécoise par le Parti Conservateur, le Parti Libéral et le NPD. Les trois partis viennent également de faire connaître leur appui au droit de pouvoir voter le visage voilé!

Au Québec, la convergence est visible dans les positions similaires défendues par le Parti Libéral et Québec solidaire.

Plus étonnant, cependant, à première vue, est le ralliement d’indépendantistes à cette position. Mais il n’y a pas de muraille de Chine idéologique entre fédéralistes et souverainistes. On se souviendra que des indépendantistes ont défendu un « nationalisme civique » basé essentiellement sur les chartes des droits.(2) Il n’est donc pas étonnant de les voir faire alliance avec ceux qui « ont beaucoup appris depuis 1972 sur l’islam et les musulmans ».

De les voir reprendre à leur compte, ouvertement ou à mots à peine couverts, les accusations historiques de xénophobie et de racisme des fédéralistes à l’endroit du peuple québécois, à chaque fois qu’il exprime son identité, est tout simplement inqualifiable.

Plus inadmissible encore est la participation de certains d’entre eux à la campagne d’intimidation contre les deux figures de proue du combat contre l’islamisme au Québec, Djemila Benhabib et Louise Mailloux.

Des considérations stratégiques bidons

Jean Dorion et d’autres Indépendantistes pour une laïcité inclusive habillent leur opposition à la Charte de la laïcité de supposées considérations stratégiques. Le Québec n’aurait pas intérêt, selon eux, à se distinguer du reste de l’Amérique du Nord anglo-saxonne, s’il veut être reconnu par les États-Unis, suite à une proclamation d’indépendance.

Ils récusent le modèle de la laïcité républicaine française et s’inscrivent – sans doute, eux aussi, à leur corps défendant – dans la campagne de France-bashing que mènent tambour battant toutes les Lysiane Gagnon de ce monde.

C’est répandre beaucoup d’illusions que de laisser croire que le Canada anglais et les États-Unis seraient plus disposés à appuyer l’accession du Québec à l’indépendance, s’il adhérait au modèle multiculturel anglo-saxon.

Dans cette question, les affinités linguistiques sont importantes et la France demeure notre principale alliée stratégique. Jacques Parizeau l’avait bien compris en 1995 en axant sur la France toute sa stratégie internationale pour la reconnaissance de l’indépendance du Québec, dans le but de forcer la main aux États-Unis.

Tourner le dos aujourd'hui à cette stratégie, tourner le dos à la France pour un miroir aux alouettes anglo-saxon est une trahison inqualifiable. C’est demander au Québec de renier son caractère distinct, c’est vider le combat national de son âme, c’est prôner une soumission totale à l’impérialisme anglo-saxon nord-américain.

La laïcité, l’enjeu majeur de la prochaine élection

Aujourd’hui, la lutte pour la laïcité, la critique du multiculturalisme, de la judiciarisation de la politique, du syndicalisme et des luttes sociales, est un préalable incontournable pour la relance du combat pour la démocratie économique et politique et pour renouer avec les grands idéaux socialistes.

De petites nations comme le Québec ne peuvent, bien entendu, avoir un rôle dirigeant à l’échelle planétaire dans ce combat, mais son exemple peut servir de ferment et d’inspiration pour tous les progressistes de l’Amérique du Nord.

Dans cette perspective, la question de la laïcité est l’enjeu majeur de la prochaine élection. Loin d’être de l’électoralisme, elle est la condition sine qua non pour permettre au peuple québécois de réaffirmer son caractère distinct en Amérique du Nord et relancer la lutte pour la démocratie politique et, au premier chef, l’indépendance nationale.


À ce sujet, on peut lire L’instrumentalisation des droits de l’homme.

Pour une analyse détaillée, nous référons le lecteur au dossier étoffé que nous avons fait paraître en 2002 dans la revue L’apostrophe, sous le titre « Sans nous qui est Québécois? ». On y retrouve plusieurs des acteurs actuels dans le dossier de la laïcité.

« Électoralisme », « inquisition », « tyrannie de la majorité », les gros mots sont lâchés! Sentant le tapis leur glisser sous les pieds, les Jean-Marc Piotte, Robin Philpot et Paul Cliche, tous identifiés à la gauche, sortent l’artillerie lourde et tirent à boulets rouges sur la Charte et ses partisans.

La charte ne poursuit pas la révolution tranquille, Jean-Marc Piotte.

L'heure est au rassemblement, non pas à l'excommunication et à l'inquisition, Robin Philpot.

Charte : les vieux démons, Paul Cliche.

mardi 11 février 2014

Laïcité et liberté religieuse : peuvent-elles s’accorder ? – Le point de vue d’une américaine


Deux femmes portant le voile passent dans la rue. Mes amis américains et moi échangeons des regards de confusion. C’est ainsi qu’a commencé un débat politique sur la terrasse d’un café, dès notre première journée en France.


Une femme voilée de 18 ans, qui s’était rebellée pour éviter un contrôle d’identité début août à Roubaix (Nord), a été condamnée mardi 30 octobre à six mois de prison avec sursis et à 100 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Lille.

Ce n’est pas le port du voile qui nous rend perplexe, c’est la conception française de la séparation de l’Église et de l’État. Une conception française difficile à comprendre pour les Américains.
Lorsque la loi de 2011, qui interdit le port du voile et de tous les autres symboles religieux voyants, a été adoptée, le Département d’État du Président Obama a réagi par la négative, déclarant qu’une telle interdiction est une «répression systématique de la liberté de religion».

La liberté de religion

La liberté de religion, la liberté individuelle et la liberté d’expression sont des valeurs typiquement américaines. Elles sont garanties par le premier amendement de la Constitution ainsi que par la loi de séparation de l’Église et l’État. Cela signifie qu’aucune religion ne peut interférer avec le gouvernement et que, de même, le gouvernement ne peut pas interférer avec l’expression individuelle de la religion, qu’il s’agisse d’une personne ordinaire ou d’une figure gouvernementale.
La France connaît elle aussi cette notion de liberté religieuse. Dans la loi de 1905 qui sépare l’Église et l’État, il est indiqué dans l’article 1 que « la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes ». Pourquoi l’application de la liberté religieuse diffère-t-elle alors entre les deux pays ?
En 2010, lorsque le Pape a reçu le président Nicolas Sarkozy, le public français a eu une réaction négative : il a perçu la visite de leur président comme une menace contre la laïcité. Alors qu’au contraire, les candidats présidentiels américains parlent souvent publiquement de leur religion, utilisant leur foi comme un signe de « bon caractère ». De plus, «God bless you» (« Dieu vous bénisse ») est l’expression la plus couramment utilisée pour clore un discours présidentiel.

Il ne fait aucun doute que les deux pays sont laïques et démocratiques, cependant, il est évident que la religion n’est pas traitée de la même façon dans les deux États. Peut-être que c’est l’histoire propre à chaque nation qui a conduit à deux points de vue différents concernant la religion ?

Un concept au coeur de la démocratie américaine

Pour un américain, le concept de la liberté religieuse est au cœur de sa démocratie. La nation américaine a été fondée sur un idéal : être un refuge pour tous ceux qui fuient la persécution religieuse. Pour cette raison, les Américains ne comprennent pas pourquoi la France est si désireuse d’effacer toute religion de la sphère publique. Mais les États-Unis n’ont jamais connu leur gouvernement contrôlé par une institution religieuse.

La laïcité française est née de la peur

Le pouvoir autoritaire de l’Église dans le passé français – en particulier concernant son soutien aux contre-révolutionnaires – a conduit les Français à l’anticléricalisme. Le rapport passé difficile avec l’Église a rendu les français paranoïaques, tant et si bien que les relations avec la religion, au sens général du terme, sont aujourd’hui considérées comme un tabou. C’est le résultat de tous les efforts menés par les différents gouvernements français pour maintenir la religion (et par extension toutes les religions) hors de la sphère publique. La position stricte de la France sur la laïcité conduit les Américains à croire que la laïcité américaine est née de la liberté tandis que la laïcité française est née de la peur.

Peut-être qu’en France, suite à la longue histoire tumultueuse avec la religion et la diversité religieuse croissante, il est plus facile d’éviter complètement le sujet de la religion. Cependant, quand la religion n’est pas seulement une croyance, mais aussi un aspect culturel et social, peut-on vraiment l’effacer de la sphère publique ?

Michelle H. Nguyen

http://journal-regards.com/2012/10/30/laicite-et-liberte-religieuse-peuvent-elles-saccorder-le-point-de-vue-dune-americaine/

lundi 10 février 2014

La bataille pour la laïcité scolaire



1977 : La grogne contre l’hégémonie religieuse se fait sentir. À l’école Saint-Jean-Baptiste, des parents souhaitent retirer l’enseignement du catéchisme et mettre de l’avant une éducation humaniste.

Présenté par Réjeanne Cyr-Reid, ex-représentante de l’Association québécoise pour l’application du droit à l’exemption de l’enseignement religieux (AQADER).


Ils se mobilisent et consultent la Commission des droits de la personne qui souligne la légitimité du droit à la liberté de conscience. Leurs enfants sont exemptés de cours religieux. Le curé réagit en distribuant des bibles gratuitement. Les parents se divisent en deux camps adverses et des débats épiques font rage.


Les partisan-e-s de la laïcité se font élire au comité d’école. Ils militent pour retirer les fêtes religieuses, les crucifix, un manuel de lecture raciste et tout ce qui s’approche trop de l’église catholique. Lors d’une assemblée générale, les chrétiens remplissent la salle de sympathisants et parviennent à éjecter les laïcs du comité.

Trois ans plus tard, un événement vient réunir les parents contre la direction. Celle-ci, souhaitant économiser sur les frais de chauffage, veut supprimer plusieurs fenêtres et remplacer le soleil perdu par des lumières artificielles. Les parents sont furibonds. La direction recule. Après quelques congédiements, les débats sur le catéchisme reprennent leur cours, mais la découverte d’adversaires communs (la direction et la Commission scolaire) fait en sorte que la hargne n’y est plus.

Pour en savoir plus
Anciens bulletins d'information du Mouvement laïque québécois (MLQ).



Une école privée laïque doit revoir son règlement


Une rare intervention de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse en matière d'accommodement religieux a récemment poussé une école secondaire privée entièrement laïque à changer son règlement interne afin de permettre à une élève de porter son voile en classe.

L'affaire commence en septembre 2010. Pour la première fois de son histoire, le collège Letendre de Laval accueille alors parmi ses nouvelles élèves une jeune musulmane voilée.

L'établissement est entièrement laïque; à la direction, on ne sait pas quoi faire.

«On a été pris par surprise, convient le directeur général, Yves Legault. À l'époque, tout le débat [sur la religion] n'était pas dans l'actualité. On n'avait pas encore fait de réflexion à ce sujet», dit-il.

La direction rencontre l'élève afin de comprendre son choix. On lui demande si elle pourrait envisager d'enlever son voile en classe afin de respecter les valeurs de laïcité de son école. Elle refuse.

«Personne ne m'a imposé ça. Ma mère ne le porte même pas», répond la jeune fille alors âgée de 13 ans.

Sur le coup, le directeur se rend à ses arguments et accepte de l'accommoder. La jeune fille s'intègre bien. Elle a de bonnes notes et elle fait même du bénévolat lors des portes ouvertes de l'école. Mais son hijab dérange.

«On s'est rendu compte qu'on n'avait pas de politique claire sur la question, dit Yves Legault. On s'est dit: si on ne veut pas se retrouver avec une avalanche de demandes du genre, il faut dire qu'on est contre. On est une école laïque. Il n'y a aucun symbole religieux entre nos murs.» Pas même une croix.

Le collège décide donc d'adopter un nouveau règlement qui interdit noir sur blanc le port de signes ostentatoires chez ses élèves pour la rentrée scolaire suivante. La mère de l'élève, Leila Sayadi, en est avisée par écrit durant les vacances d'été.

«Ils m'ont envoyé une lettre en même temps que le bulletin pour me dire que ma fille ne pourrait pas retourner dans cette école si elle gardait son voile», raconte-t-elle dans une entrevue accordée à La Presse.

Furieuse, elle s'adresse à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, qui juge sa plainte recevable.

Le règlement interdisant les symboles religieux contrevient à la loi, selon l'organisme. L'établissement accepte de le retirer de son code de vie et l'adolescente est officiellement réadmise à l'école juste à temps pour la rentrée. «On n'a jamais voulu contrevenir à la loi, assure M. Legault. Dès qu'on a eu les avis légaux, on a décidé de revenir au règlement d'avant.»

Au terme d'une médiation, la direction s'engage aussi à dédommager financièrement la famille de l'adolescente en plus de tenir une conférence publique sur la laïcité devant élèves, parents et membres du personnel.

Mais pour l'élève, il est trop tard. «À 13 ans, quand un milieu que tu aimes te montre qu'il ne veut pas de toi, c'est très difficile pour l'estime de soi», dit Mme Sayadi.

Elle raconte que dès le début de sa deuxième année au collège Letendre, sa fille a été victime d'intimidation. «Les autres filles riaient d'elle. Chaque jour, elle revenait de l'école dans un état émotionnel très instable.»

Un mois à peine après le début des cours, et même si on lui permet de continuer à aller en classe avec son hijab, sa mère décide de la changer d'école. «C'était trop lourd.»

Le directeur Legault assure pour sa part que la jeune fille a été bien accueillie, même après la plainte de sa mère.

Depuis son départ, l'école n'a pas reçu d'autres élèves portant un signe religieux visible. «S'il y en a, on va leur expliquer nos valeurs de laïcité, mais on ne le leur interdira pas.»

Accommodements et contradictions

Les élèves qui portent le hijab sont nombreuses à l'école publique Marguerite-De Lajemmerais de Montréal. Pour les accommoder, l'établissement a voulu, il y a quelques années, intégrer le voile à l'uniforme officiel. Les élèves devaient se le procurer chez le même fournisseur où elles achetaient les polos, chemises, jupes et pantalons au logo de l'école. Le hijab arborait lui aussi l'écusson de l'école. Mais en 2010, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a statué que cette politique «portait atteinte au principe de neutralité religieuse de l'État» et pouvait «être interprétée comme favorisant l'exercice d'une religion en particulier, dans ce cas la religion musulmane». Depuis, l'école demande plutôt à ses élèves de porter un voile blanc ou noir qui s'harmonise à l'uniforme officiel. Le logo de l'école a été retiré.

Symboles religieux: deux cas opposés

Depuis plusieurs années, le collège privé très multiethnique Marie de France de Montréal interdit le port de symboles religieux entre ses murs. Le règlement de l'établissement du chemin Queen-Mary, inspiré de la loi française, est plus sévère encore que ce que propose la Charte des valeurs du ministre Bernard Drainville. Non seulement les membres du personnel doivent s'abstenir de porter des signes religieux, mais les quelque 2000 élèves aussi. Le but: «Maintenir la paix sociale, instaurer un climat de confiance et de coopération indispensable à la réussite de chacun» et éliminer «les éléments de distinction, de discrimination ou de prosélytisme», dit le règlement interne de l'école. Bien sûr, l'établissement est soumis aux lois canadiennes et à la Charte des droits et libertés. Sa position sur les symboles religieux pourrait être contestée. Elle ne l'a jamais été.

Voile et couvre-chef

En 2010, de jeunes réfugiées irakiennes ont été inscrites à l'école secondaire des Pionniers de Trois-Rivières. Malgré un règlement interdisant le port de couvre-chefs dans l'établissement, la direction a accepté qu'elles gardent leurs voiles après avoir demandé un avis légal à la commission scolaire. La décision a causé un tollé.

Des citoyens ont demandé publiquement à l'école de revenir sur sa décision. «Tout ce qui peut avoir une référence à une culture ou à une religion est accepté», avait tranché la commission scolaire en se basant sur la Charte canadienne des droits et libertés. Une élève avait aussi publié une lettre ouverte dans les journaux pour appuyer ses nouvelles camarades de classe. «Quand je me mets dans leur peau, je me dis qu'elles doivent vivre un gros choc culturel. On doit au moins leur donner une chance, leur démontrer que le Québec est accueillant et chaleureux. En même temps, c'est très enrichissant pour l'ensemble des élèves de notre école», écrivait Clothilde Champagne, 13 ans.

Source:  La Presse

vendredi 7 février 2014

La Charte de la laïcité et le jeu sournois des médias dominants et multiculturalistes

Djemila Benhabib


Ce texte est cosigné par Gilles Toupin.

S'il y a un sujet qui a retenu l'attention médiatique pour les bonnes ou les mauvaises raisons depuis ces quatre derniers mois, c'est bien celui de la Charte de la laïcité du gouvernement Marois. Le débat a donné même l'impression par moment, en raison d'une couverture médiatique souvent biaisée, que cette «affaire» était devenue non pas le grand débat sociétal de l'heure, mais une source d'inquiétude terrible qui pouvait nous entraîner dans le meilleur des cas dans une dérive autoritaire digne de la Russie de Poutine, comme l'a d'ailleurs déclaré le philosophe Charles Taylor, et dans le pire des cas nous faire carrément revivre la machination démente du totalitarisme hitlérien, comme l'a suggéré le député libéral Jean-Marc Fournier en évoquant la fameuse «Nuit de Cristal» et en rappelant du même coup le rituel macabre contre les juifs perpétré par les Chemises brunes les 9 et 10 novembre 1938.

Ces insinuations ne sont pourtant pas celles de deux bouffons. Charles Taylor et Jean-Marc Fournier jouissent l'un et l'autre d'un statut de premier plan dans le débat public et d'une réelle proximité avec les médias qui auraient dû les forcer à tout le moins à un peu plus de décence et d'élévation intellectuelle. S'ajoutent à cela d'autres allusions plus au moins cryptées à l'effet que le Parti québécois aurait basculé du côté de l'extrême droite à l'image du Front national en France, ou qu'il aurait puisé son inspiration première du parti du Führer, le Parti national-socialiste des travailleurs allemands.

Lorsque le loup se transforme en mouton

Même le tandem Adil Charkaoui-Salam Elmenyawi a trouvé grâce aux yeux de quelques faiseurs d'opinion qui leur ont taillé une place de choix dans nos bulletins de nouvelles. À croire qu'il suffit de se réincarner dans le Collectif québécois contre «l'islamophobie» et de crier au loup à tous vents en dénonçant au dépend des faits le racisme, la xénophobie et les actes de violences à l'égard des musulmans pour passer l'éponge sur des années et des années de militance islamiste. Elmenyawi n'est pas n'importe qui. Ses idées sont connues et largement répandues dans les milieux islamistes et même au-delà. Il a répété à maintes reprises que «le Coran est à prendre à la lettre, que religion et politique doivent demeurer liées et que la guerre sainte (le jihad) devient légitime si l'islam est attaqué» (Sophie Brouillet, Croire au Coran, La Presse, 16 juin 2003). Bref, rien de vraiment très rassurant, d'autant plus qu'on le retrouve à la tête du Conseil musulman de Montréal, organisation qui fédère comme l'indique son site Internet plus de 40 institutions islamiques à Montréal.

Parmi ses quelques autres faits d'armes importants, signalons ses insistantes tentatives pour implanter au Québec les tribunaux islamiques au milieu des années 1990, et ce bien avant que la proposition ne fasse rage en Ontario en 2004. D'ailleurs, c'est à Montréal que le premier tribunal islamique du genre a vu le jour au Canada! Le concept avait été calqué sur le modèle anglais du Conseil de la charia (Britain's Islamic Shariah Council) mis sur pied en 1992 et qui a pignon sur rue depuis ce temps-là. Le ministère de la Justice du Québec s'était d'ailleurs inquiété de l'existence des tribunaux religieux et avait demandé une étude sur ce sujet au ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles dirigé par Bernard Landry. Mais en 2013, Elmenyawi, se sentant soudainement investi d'une mission, a changé son fusil d'épaule et s'est entièrement consacré à la défense des femmes voilées. Disons que le matraquage de la communication a ceci de particulier: transformer le mouton en loup et le loup en mouton! De l'application de la charia qui entérine, entre autres, la répudiation, la polygamie, l'inégalité successorale et la violence conjugale, Elmenyawi devient soudainement comme par magie le champion de l'«antiracisme» et le «sauveur» des «femmes voilées», alors qu'il était pourtant prêt à les jeter dans la gueule du loup en les contraignant à des normes islamiques discriminatoires voilà une quinzaine d'années. Comment se fait-il qu'il puisse trouver dans cette nouvelle posture «antichartriste» des mains tendues et des oreilles attentives et être crédités d'attachement à la démocratie?

Deux visions irréconciliables: une laïcité de séparation et une «laïcité» de reconnaissance

La Charte dans le viseur, de nombreux interlocuteurs se sont succédé pour nous mettre en garde contre une accélération subite de l'histoire. Ainsi, selon eux, le Québec, sous un gouvernement du Parti québécois dirigé pour la première fois par une femme, cesserait soudainement d'être une démocratie. Ce n'est pas une simple césure qu'on nous annonce ici mais un incroyable séisme, une sorte d'hécatombe politique! Rien de moins! Comme quoi le ridicule ne tue pas.

En raison de quoi nous lance-t-on ces scénarios catastrophiques? En raison de la proposition du projet de loi 60 qui vise à interdire le port des signes religieux ostentatoires pour les fonctionnaires de l'État durant leurs heures de travail. Interdiction que plusieurs pays européens - notamment, l'Allemagne dans la majorité des Länder, tout comme la Suisse et la Belgique ainsi que la France à l'échelle de son territoire national - imposent aux enseignants des écoles publiques. Nous pouvons être d'accord ou pas avec cette conception de la neutralité de l'État incarnée par ses représentants, la question n'est pas là. Mais encore faut-il appuyer son point de vue sur un argumentaire rigoureux qui appelle à la raison. Auquel cas, il faut pousser un peu plus loin l'exercice et laisser les avis contradictoires s'exprimer d'une façon équitable.

Force nous est de constater que nous sommes face à deux visions irréconciliables de la laïcité: une laïcité de séparation des religions et de l'État et une «laïcité» de reconnaissance des religions par l'État («laïcité ouverte»), ce qui n'a rien à voir à proprement parler avec la laïcité. Car cette dernière, rappelons-le, depuis la Révolution française, impose à l'État une indifférence vis-à-vis des religions, c'est-à-dire une stricte neutralité, une non-reconnaissance des religions dans la sphère publique. Puisant ses fondements philosophiques dans le siècle des Lumières, la laïcité tend à élever l'individu à l'autonomie de jugement à travers l'éducation et la culture et vise à une stricte séparation entre les religions et l'État ainsi qu'entre la sphère publique et la sphère privée. En ce sens que la sphère publique ne peut être considérée comme le prolongement naturel de la sphère privée, compte tenu du fait que la sphère publique implique ce qui est commun à toutes et à tous dans la cité. Or, la religion n'est pas commune à toutes et à tous.

Ainsi, le terme de «laïcité ouverte» qui assigne systématiquement des individus à un groupe communautaire de référence dont ils ne peuvent que difficilement s'affranchir n'est qu'une supercherie conceptuelle qui contribue à entretenir la confusion sur ce qu'est véritablement la laïcité. L'objectif ultime de cette supercherie étant le retour des religions dans les affaires de l'État pour encadrer la société. Dans cette perspective, on pousse ainsi à une reconnaissance des religions comme identités premières dans l'ordre du droit, jetant les individus dans des logiques communautaristes. Mesure-t-on les conséquences politiques d'une telle démarche sur les droits des femmes par exemple, sur le respect de la diversité sexuelle ou encore sur le droit au blasphème ou à la liberté d'expression et de création?

Malheureusement, tout au long des derniers mois, les polémiques les plus loufoques se sont érigées en de formidables tactiques d'évitement pour éclipser du débat public les véritables enjeux qui nous auraient certainement permis de mesurer à quel point la laïcité dans le monde est porteuse d'espérance, garante de la cohésion et de la paix sociales alors que les communautarismes confessionnels, promus par la dite «laïcité ouverte», nourrissent et entretiennent les pires confrontations, dégradent le climat social et contrarient l'émancipation humaine.

Le religieux dans le monde: source de confrontation et de reculs des droits des femmes et des homosexuels

Ce qui s'est joué en 2013 fournit malheureusement un matériau extraordinairement abondant pour étayer notre réflexion. Que de crimes commis au nom de la foi et des dogmes religieux! Le rêve d'individus appartenant à des communautés ethno-religieuses différentes entretenant des relations d'amitiés vole bien vite en éclat dès que les intérêts se distordent au gré des aléas politiques, économiques et sociaux. Le Mali, divisé en deux depuis des mois, était en passe de devenir une république islamique. Un an auparavant, le débat sur le Code de la famille avait pris fin abruptement avec l'adoption d'un nouveau code qui consacrait l'inégalité en matière d'héritage et stipulait que «la femme doit obéissance à son mari» et que «l'homme est considéré comme l'unique chef de famille». La même terreur islamiste s'est répandue jusqu'en République centrafricaine porteuse des mêmes craintes. La Lybie, menacée de «somalisation», cherchant vainement l'unification de la nation, a voté de son côté la stricte application de la charia.

Déjà, dès la chute de Kadhafi en 2011, le Conseil national de transition (CNT) s'empressait de rétablir la polygamie et la répudiation et annonçait la création de banques islamiques. Falloujah, la cité considérée comme un centre intellectuel important en Irak et tombée entre les mains d'Al-Qaïda, est désormais appelée « État islamiste » alors que le gouvernement du président Al-Maliki a glissé dans le giron iranien. Le retour des Talibans est également à l'ordre du jour en Afghanistan alors que toute la région de l'Asie centrale est en proie à une radicalisation sans précédent. La Syrie, où la guerre civile fait rage depuis mars 2011, a été le terrain d'une confrontation internationale sur fond de drapeau salafiste qui a accueilli de jeunes recrues européennes et nord-américaines ainsi que des femmes venues offrir « bénévolement » leurs services sexuels aux djihadistes! En Syrie comme en Algérie, avec l'attentat d'Ain-Amenas, des Canadiens se sont retrouvés aux premières loges des affrontements. D'après une source de sécurité belge, on compte en Syrie 5000 djihadistes en provenance des pays de l'espace Schengen. Richard B. Fadden, ancien patron du Service canadien du renseignement de sécurité déclarait en 2009 que «le terrorisme demeure la plus importante menace qui pèse sur nous. Elle ne relève pas de la fiction. Le terrorisme associé à l'extrémisme religieux et politique est présent au Canada.»

Le religieux résonne partout, y compris au cœur du Vieux-Continent où, là encore, le projet de loi du chef du gouvernement espagnol pour interdire l'avortement constitue une attaque frontale aux droits des femmes. Ces mêmes élans trouvent échos au Parlement canadien et nous rappellent les tentatives infructueuses de quelques députés conservateurs de donner au fœtus un statut juridique légal. Imagine-t-on un seul instant les répercussions à l'échelle européenne d'une telle mesure qui ferait en sorte que l'Espagne rejoigne la Pologne et l'Irlande qui sanctionnent déjà sévèrement l'avortement? Faut-il voir là l'œuvre de l'Opus dei, branche invisible du Vatican mise en place sous le régime de Franco et qui s'était donné pour mission d'injecter du religieux dans les politiques publiques avec la maxime «Cujus regio, ejusreligio» (tel gouvernement dans un État, telle religion dans cet État) ? Déjà en 2005, lors de l'adoption du mariage civil pour les couples homosexuels, le Vatican avait été virulent en affirmant par le biais de l'un de ses représentants : «Ce qu'on est en train d'accomplir en Espagne, et qui plus est avec une majorité assez restreinte, c'est la destruction de la famille, pierre par pierre.» Après une intense campagne de communication (encore une), le pape François, désigné comme «pape des pauvres», a été promu «homme de l'année» par le magazine Time qui avait aussi jeté son dévolu sur l'ayatollah Khomeini en 1979! Mais au-delà des mots, les milliers d'actes pédophiles commis par des gens d'église demeurent à l'abri des poursuites juridiques. Et toujours rien de concret pour revenir sur la condamnation de l'homosexualité! Pire encore, la Russie se rapprochant de plus en plus de la papauté orthodoxe affiche hostilité et mépris à l'égard des homosexuels pour en faire sa cible privilégiée d'attaque.

Alors que les lobbies politico-religieux constituent une toile d'araignée avec des ramifications aux quatre coins du globe, les nouvelles internationales, pourtant si importantes pour appréhender et comprendre - ne serait-ce que notre propre réalité - sont désespérément quasi absentes de notre décor médiatique. En effet, l'information internationale demeure le parent pauvre des médias québécois. La part que nous lui consacrons est l'une des plus basses au monde et elle se réduit comme peau de chagrin année après année, soit moins de 1 % des contenus rédactionnels, moins que dans le reste du Canada, des États-Unis et de la France. Si nous avions connu dans les années 50 et 60 un moment de grâce télévisuel avec l'émission Point de mire, animée par un certain René Lévesque, ex-reporter de guerre. Eh bien, nous souffrons présentement d'un terrible recul en matière d'information internationale de qualité!

Les mutations de l'information au Québec

Revenons au Québec et à ses controverses rageuses. N'eût été de l'accueil médiatique qu'on leur a réservé, elles auraient mérité tout au plus qu'un éclat de rire. Cependant, les médias en ont décidé autrement. Certains animateurs d'émissions publiques à Radio-Canada par exemple, ne s'encombrant même plus de l'impartialité et de la réserve que leur impose leur fonction, ont plongé eux aussi têtes baissées dans le débat, s'en donnant à cœur joie pour afficher avec insistance leur aversion contre la Charte. Certains journaux, tel La Presse, qui nous avait pourtant habitués à nourrir le débat public en encourageant la diversité d'opinions au sein de sa rédaction, ont soudainement affiché un unanimisme déroutant. Certes, certains de ses chroniqueurs vedettes ont osé afficher leur dissension mais on sentait bien que l'exercice était risqué et fort limité. Et que dire du «sérieux» et «indépendant» quotidien Le Devoir qui a perdu des plumes lui aussi à force de multiplier ses manchettes maladroites mettant davantage en évidence les dissidents à la Charte?

Comment expliquer ces nouvelles postures journalistiques? Pourquoi cette propension à tout grossir? D'où vient cette disposition à créer un climat peu propice aux échanges? La couverture médiatique est-elle encore conçue pour informer ou bien a-t-elle subi une mutation destinée à créer la controverse et « dramatiser » l'actualité? Ces questionnements méritent un examen approfondi et soulèvent du même souffle les transformations que vit le monde de l'information aussi bien chez nous qu'ailleurs depuis l'avènement du numérique et des médias sociaux.

1. La convergence des médias

Le virage qu'on appréhendait dans le milieu journalistique depuis une quinzaine d'années en raison de la convergence des médias au Québec, notamment avec les deux grands empires médiatiques que sont Quebecor et Gesca, explique en partie cette nouvelle façon d'appréhender l'information. À cette époque-là, nous devinions déjà l'orientation particulière qu'adopteraient les médias, surtout lorsque l'on sait la proximité des deux géants avec les pouvoirs politique, financier, énergétique et économique ainsi qu'avec les milieux culturels et intellectuels. Le traitement partial et complaisant vis-à-vis de certains intérêts allait hélas s'imposer comme une évidence.

2. Culture médiatique de convergence idéologique

Mais ceci est loin d'expliquer tout. Il y a ce que l'on pourrait qualifier de culture médiatique de convergence idéologique qui entérine sciemment ou inconsciemment les fondements de l'état d'esprit du multiculturalisme et qui rend difficile l'examen critique de certains sujets. En d'autres mots, on ne peut rendre compte des intégrismes religieux, des communautarismes, des violences à l'égard des femmes et des homosexuels de façon pertinente que si le continuum d'analyse adopté est adéquat. Or, le multiculturalisme créé des tabous en extirpant des sujets de la critique, en ethnicisant les problèmes et en dépolitisant le débat public. Cette perte d'esprit critique rend illisible et neutralise les distinctions nécessaires à la compréhension de toute problématique.

Dans ce contexte, la lucidité devient en soi une forme de résistance. S'ajoute à cela une connivence et une complaisance des journalistes eux même vis-à-vis leurs pairs; on aime se conforter dans ses propres jugements, d'où la propension à s'inviter entre journalistes du même moule, appartenant à la même bulle, adoptant les mêmes schèmes et défendant les mêmes intérêts politiques ou de classe (Radio-Canada-La Presse). Ces organes d'information deviennent au fond, lors de certains moments charnières de notre histoire, de formidables machines de propagande qui résistent sans le dire ouvertement à cette remise en cause des valeurs canadiennes que constitue la Charte québécoise de la laïcité. Ils s'opposent avec véhémence et de façon sournoise - occupant une bonne partie du champ médiatique - à un débat qui tente de soustraire le Québec à la chape de plomb du multiculturalisme canadien. Imaginez! Un Québec qui aurait l'outrecuidance de définir lui-même ses propres règles du vivre-ensemble... Shocking!

3. L'émergence des médias sociaux

Sans vouloir diaboliser les médias sociaux que sont Facebook et Twitter et qui participent indéniablement à «démocratiser» l'information, force est de constater que malheureusement, bien souvent, la moindre peccadille est amplifiée, montée en épingle afin de nourrir des échanges belliqueux faisant pousser une fièvre non pas débatteuse mais «chicanière». Forcément, le débat d'idées y perd en sérénité et en profondeur. Devant son écran, quelquefois dans le confort de l'anonymat, chacun y va de sa thèse et de ses incriminations sans se soucier des exigences de l'échange civilisé. Pour autant, certains croisent le fer dans le respect et l'exigence que leur confère le débat public et c'est très bien ainsi. Mais d'autres tombent dans le mépris, cultivent la haine de l'adversaire lorsqu'ils n'appellent pas carrément à son lynchage par le biais de la vindicte populaire. À travers cette volonté de niveler vers le bas transparaît une forme de vengeance et d'exaspération à l'égard de ceux qu'on accuse et blâme soit de trop «monopoliser» l'espace médiatique ou encore de s'élever par leur mérite et leur expertise. Alors nous devenons soudainement tous égaux puisque nous sommes ramenés au niveau le plus bas de la polémique, celui de la vision manichéenne: penser le monde en deux grands blocs antagonistes: «les Pour» et «les Contre» et se conforter avec l'idée saugrenue que toutes les opinions se valent.

4. La dramatisation de l'actualité

Ce tourbillon d'échanges avec cette attirance pour le pire sur la Toile a un impact considérable sur l'information elle-même. Pour faire face à la crise de la presse, et se distinguer dans le flot d'informations continues, les médias traditionnels se sentent obligés de monter le moindre événement en épingle. La notion même d'information factuelle perd du terrain. Elle est utilisée pour faire réagir et provoquer avec un objectif assumé: favoriser les dérives et les dérapages qui sont eux-mêmes repris tutti quanti par les autres médias, qu'ils soient sociaux ou traditionnels. Lorsque la controverse s'élève, nous ne savons même plus très bien quelle en fut la source, l'essentiel étant ce qui en découle avec son lot de perceptions et d'interprétations. Le déferlement de l'information est pensé sur le mode de la réaction instantanée avec des manchettes délibérément conçues pour affoler, pour inquiéter et pour exciter le citoyen lambda devenu citoyen «cliqueur» ou citoyen «zappeur» ou encore les deux à la fois de façon à le rendre dépendant et émotif, d'où cette obsession à vouloir à tout prix créer des polémiques qui vont faire naître cette inflation du débat binaire. Cela est évidemment facile lorsque les réponses ne tiennent souvent qu'à un simple clic. Alors cliquons oui ou non, donnons l'impression que le «cliqueur» a un rôle, que sa contribution est attendue, voire même salutaire puisque qu'il croit s'approprier le réel.

5. Déficit de recul, des connaissances, du terrain et absence de contextualisation historique et politique

Notre époque souffre d'un déficit de recul; tant qu'on se scandalise, on reste dans l'émotivité et l'immédiateté. Les états d'âmes et les faites divers remplacent les analyses sérieuses. D'ailleurs, en matière de laïcité et plus généralement des questions touchant au vivre ensemble, on ne se préoccupe plus vraiment de savoir ce qui relève de l'opinion, de l'analyse ou de l'information à l'état brut. Les digues se sont rompues entre les différents genres journalistiques, ils se confondent l'un dans l'autre la plupart du temps en raison d'un manque de valorisation des connaissances, de l'expérience de terrain et d'une absence de contextualisation historique et politique. C'est comme si ce qui c'était passé il y a 10 ans, par exemple, n'était plus pertinent à la compréhension du phénomène présent. Or, sans cette conscience historique et politique, on ne peut saisir la montée des intégrismes religieux dans le monde et au Québec en particulier, ni même cerner notre propre société. Plus encore, certains journalistes ne se soucient même plus de savoir s'ils maîtrisent ou pas leur sujet d'analyse. Ce critère ne rentrant pas dans leur ligne de considération puisque l'essentiel étant de formuler un avis sur la question. L'information traitée ainsi ne permet pas de décrypter la réalité puisque nous restons dans la perception et le jugement hâtif. Dans ces conditions, nous n'offrons pas au public la possibilité de rentrer dans la complexité du sujet pour traiter l'information comme il se doit.

Cette réalité en cache une autre encore plus préoccupante. Certains univers restent totalement fermés aux journalistes. Pensons par exemple à tout ce qui concerne les discours politico-religieux véhiculés dans les lieux de culte devenus par la force des choses non plus des lieux de prières comme le veut leur vocation mais de formidables tribunes politiques où l'on débat de tout: de la situation en Syrie, du voile islamique, du conflit israélo-palestinien, de la Charte, du mariage des femmes musulmanes et bien entendu de la décadence de l'Occident désigné comme le plus grand Satan qu'on pousse à haïr et de ses «suppôts» qu'on invite à combattre. Les mariages forcés et arrangés, les crimes d'honneur, les certificats de virginité, la violence conjugale, assumer son apostasie ou encore son homosexualité lorsqu'on est un membre d'une communauté culturelle, le créationnisme dans les écoles confessionnelles et la soumission des élèves aux dogmes religieux en contradiction flagrantes de l'autonomie de jugement et de la formation de l'esprit critique pourtant nécessaire à l'exercice de la citoyenneté, sont autant de sujets «brûlants» et presque toujours escamotés du radar médiatique. Jusqu'à quand?

6. Groupes d'intérêts et de pressions

Des groupes d'intérêts et de pression tentent en permanence de brouiller le débat en proférant des accusations gratuites et non pertinentes de «racisme», d'«islamophobie» ou d'«antisémitisme», couplées à des menaces de procès en diffamation contre certains journalistes et animateurs qu'on désigne comme «les moutons noirs de l'information», de façon à réduire la véritable portée des enjeux et à tuer le débat dans l'œuf. Certains de ces lobbies avancent tantôt masqués tantôt à visage découvert, utilisant toutes sortes de stratagème pour tromper l'opinion si bien que nombre de leurs militants ne déclinent jamais leur appartenance organique à ces entités politiques, préférant même les cacher, cherchant plutôt à se faire passer pour de «simples citoyens» désireux de prendre part en toute légitimité au débat public. Il y va donc de la responsabilité des médias d'exercer une vigilance accrue à l'égard de ces acteurs politiques. À voir la prédisposition de ces lobbies à fonctionner sur le mode de la duperie, à porter plainte de façon récurrente et abondante pour signifier leur présence dans l'espace public afin d'asseoir leur idéologie sur le registre de la culpabilisation, du politiquement correct et de l'hypersensibilité, il est à craindre que des sujets s'effacent carrément de certaines salles de rédaction renforçant ainsi certains tabous qui existent déjà.

7. Le débat est mal perçu

Au Québec, le débat est mal perçu, la dissidence mal vécue; nous vivons avec ce désir angélique d'aplanir les divergences, de les étouffer afin de trouver le compromis illusoire. Puisque les positions tranchées sont jugées trop radicales, les positions médianes sont alors privilégiées au détriment même des principes comme si la vérité était une moyenne de toutes les postures qui existent dans la société. Or, la vérité est une quête permanente qui nécessite parfois des ruptures nécessaires pour passer d'une étape historique à une autre. La vérité exige de nous de ne jamais céder sur les principes afin de ne pas les diluer. Assumer son opinion et l'argumenter est en soi une démarche qui dénote une maturité intellectuelle et une posture citoyenne.

De ce point de vue, la tolérance qui existe au sujet du voile islamique que certains tendent à opposer au voile intégral est l'un des pires accommodements possibles. Car ces deux voiles se réfèrent l'un et l'autre à une même logique, celle de l'infériorisation de la femme et de l'assujettissement à une interprétation rigoriste de la religion musulmane défendue par les intégristes. Ce modèle qui aspire soi-disant à respecter les différences conduit fatalement au déni de l'égalité et de la liberté. Et les premières victimes de ce déni sont les femmes de foi et (ou) de culture musulmanes pétries de valeurs universelles, ici comme ailleurs, engagées, un peu partout dans le monde, dans les luttes sociales et politiques. C'est en faisant jouer «le droit à la différence» contre les droits collectifs des femmes que nous aboutissons à la différence des droits et à la négation de l'égalité, une égalité conquise, rappelons-le, de haute lutte par le peuple québécois.

Mettre le cap sur les ressemblances et les convergences

Ainsi, lorsque nous traitons de cette «dérégulation» de l'information, de son rapport à l'éthique, et de ses conséquences sur le débat public, nous ne sommes pas ici seulement en train d'analyser une certaine conception de l'information, nous questionnons surtout notre rapport au pouvoir et à la démocratie, un rapport qui somme toute repose sur une certaine idée que nous nous faisons de nous-même, de l'existence d'un affectio societatis et des valeurs qui nous façonnent afin de faire société ensemble, les uns avec les autres.

Nous sommes l'un et l'autre des mordus de l'information, nous aimons les débats de société et nous y participons lorsque l'occasion s'y présente. Nous connaissons les médias de l'intérieur avec leur côté d'ombre et leur part de lumière. Nous considérons que notre boussole collective en matière d'information doit être le souci de la vérité guidé par l'éthique d'un métier noble. Mais notre propos ici dépasse largement le simple cadre journalistique, il s'inscrit dans une démarche citoyenne préoccupée par notre devenir commun. A travers ce débat sur la Charte émerge pour nous une seule question: comment définir les contours du vivre-ensemble au Québec dans une société démocratique, pluraliste et multiethnique en tenant compte de notre cheminement politique, historique et culturel?

Pour ce faire, nous estimons que la nation doit rester un projet politique commun fondé sur l'intérêt général car aucune société n'étant longtemps viable à n'être conçue que comme une addition de différences. C'est sur les ressemblances et les convergences qu'une politique de cohésion met l'accent afin que les solidarités sociales s'enracinent dans l'égalité des droits et des obligations des différentes composantes qui fondent notre nation quelle que soit son origine. Vivre ensemble ne saurait signifier une juxtaposition de communautés culturelles ou religieuses partisanes s'ignorant les unes les autres, se tournant le dos ou méprisant la culture francophone commune. S'il convient que l'État soit neutre religieusement, il n'en est pas de même politiquement. Il doit pouvoir fixer la nature du lien politique qui rattache le citoyen à la cité. C'est même son rôle primordial. Il doit imposer l'intérêt du plus grand nombre sur tous les intérêts particuliers et tous les égoïsmes qui fragmentent notre société. La laïcité est une de nos libertés les plus fondamentales, une liberté qui conditionne toutes les autres. Elle est la voie qui autorise notre nation à s'affirmer comme entité politique à partir de la pierre angulaire de la souveraineté populaire. Ce qui en passant, dépasse la laïcité elle-même et nous permet d'entretenir de vifs espoirs à l'égard de notre devenir collectif en tant que peuple et nation.


mardi 4 février 2014

Dieu n’existe pas !

Pierre Cloutier
Message aux partisans de la laïcité "ouverte"
Le nouveau costume des employés de l’État québécois

Message aux partisans de la laïcité dite "ouverte"
Seriez-vous prêts à accepter que les employés des organismes publics (une infirmière, un médecin, un enseignant, un employé municipal, un fonctionnaire etc.) exécutent leur travail avec un chandail, une casquette, ou une autre parure sur lesquels il serait inscrit en grosses lettres : DIEU N'EXISTE PAS ?
Comment réagiraient les croyants (chrétien, juif, musulman etc.) payeurs de taxes et d'impôts et bénéficiaires des services de l'État face à ce qu'ils considèrent souvent comme un "blasphème" envers Dieu, Yahvé ou Allah ?
Comment réagiraient les parents croyants des élèves d'une école primaire ou secondaire face à de tels enseignants ? Comment réagiraient les croyants catholiques, juifs ou musulmans, cloués sur un lit d'hôpital face à de telles infirmières ou de tels médecins ? Les croyants face aux policiers, aux juges, aux gardiens de prison ? Face aux fonctionnaires provinciaux et municipaux ? Face aux employés des organismes parapublics ?
Et les non croyants de répondre : "C'est mon choix". "C'est ma liberté personnelle". "C'est mon identité". "J'exerce tout simplement mon droit universellement reconnu à la liberté de conscience et fermez-la".
Poser ces questions, c'est y répondre. On voit donc par ces quelques exemples que la seule et unique façon d'assurer la paix entre les croyances et les non croyances et entre les diverses religions c'est la neutralité absolue de l'État, c'est-à-dire la laïcité stricte pour tous et toutes. Pas la prétendue laïcité "ouverte" qui consiste à vouloir faire revenir hypocritement la religion par la porte de service.
Car, si la laïcité devient "ouverte", comme le veut une certaine élite bien pensante, pour permettre la manifestation des croyances religieuses dans la sphère civique réservée aux institutions publiques, il faut être logique et conséquent et elle devra également le faire à l'endroit des non croyants (athées, agnostiques, libres penseurs, etc.) qui représentent à eux seuls une frange importante de la population québécoise, sinon la majorité.
Car, si les intégristes religieux veulent jouer ce petit jeu, les non croyants peuvent embarquer eux aussi dans la danse. Il faut être 2 pour danser le tango de la laïcité dite "ouverte".
En effet, je ferai remarquer à ces intégristes religieux que l'article 5, tel que rédigé actuellement dans le projet de loi no 60, n'a pas pour effet, à mon avis, d'empêcher un employé d'un organisme public d'afficher ainsi sa non croyance religieuse, qui est un corolaire de la liberté de conscience protégée par les chartes, car cet article interdit simplement de porter, dans l'exercice de ses fonctions, un objet, comme un couvre-chef, un vêtement, un bijou ou une autre parure, marquant ostensiblement, par son caractère démonstratif, UNE APPARTENANCE RELIGIEUSE.
Porter un vêtement, un couvre-chef, un bijou ou une autre parure qui manifeste son athéisme conforme à sa liberté de conscience, n'indique aucunement, par son caractère démonstratif, une "appartenance religieuse", mais exactement le contraire, soit une appartenance non religieuse, ce qui n'est pas interdit par l'article 5.
Conclusion : le petit jeu des opposants à l'article 5 est une lame à deux tranchants. Si cet article n'est pas adopté dans sa forme intégrale, on lancera un appel à tous les employés des organismes qui sont athées, agnostiques, libres penseurs, de le dire HAUT ET FORT sur leurs lieux de travail en affirmant sans ambiguïté et de manière ostentatoire et démonstrative par un vêtement, un couvre-chef, un bijou ou autre parure que DIEU N'EXISTE PAS !
J'espère que vous voyez d'ici la Tour de Babel qui se dessine à l'horizon. Ce qui est bon pour Pitou est bon pour Minou. Il est plus que temps que les non croyants sortent de leur mutisme et affirment haut et fort leur liberté de conscience. Athées, agnostiques, libres penseurs du Québec, unissez-vous pour appuyer vos "frères et vos soeurs" - comme disent les croyants - employés des organismes publics dans leur combat pour la liberté de conscience et d'expression. DIEU N'EXISTE PAS et n'ayons pas peur de le dire, haut et fort et partout, y compris dans l'espace civique.
Amen.
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dimanche 2 février 2014

Ça c’est le québec… !


Confrontation et Rupture

Ferid Chikhi


Avant que je n’arrive à Montréal, Katarina, une amie allemande, qui avait appris mon départ pour le Canada, m’a demandé : Dans quelle ville vas-tu t’installer ? Montréal, capitale économique du Québec... Le Québec !? C’est quoi ? Je répondis spontanément c’est une province du Canada comme l’est le Baden Württemberg ou la Hesse - avec un sous-entendu bien compris, à proximité de la France. C’est entre autres, l’ours polaire, l’orignal, les lacs, les grandes étendues de neige et les traîneaux à chiens… Je me tus quelques instants. Elle poursuivit avec un Et après !?

Surpris par ces deux mots, j’ai continué ma citation : le phoque et le béluga, le castor, l’écureuil et le renard…Donc, c’est un land de grands espaces et d’animaux… Non ! Dis-je avec un empressement empreint de cordialité, il y a aussi l’érable, le bleuet, les forêts de sapin baumier et de pin gris… la poutine ! C’est aussi le St Laurent et son fameux rétrécissement ; le Richelieu… C’est aussi quatre cents ans d’histoire et de cohabitation avec les Inuits et les Amérindiens … c’est la diversité de celles et de ceux qui sont venus de partout de par le monde pour édifier une nouvelle nation… C’est ça le Québec !

Quelques années plus tard, bien installé dans mon petit coin de paradis, même si tous les hivers ça gèle, je découvre que ce sont aussi des industries de pointe, les biotechnologies, l’aérospatiale… avec Bombardier et Pratt & Whitney. C’est bien entendu une langue et son accent particulier… Une littérature et ses grands écrivains mais aussi ses poètes : Honoré Beaugrand, Lionel Groulx… ses peintres : Jean-Paul Riopelle, Cornelius Krieghoff… Est-ce suffisant pour en faire un pays, une nation ? Non ! Répliquent avec véhémence les opposants de divers horizons… C’est là où je découvre une décolonisation inachevée… une révolution freinée… Oui ! Crient haut et fort les nationalistes, les souverainistes, les indépendantistes... J’applaudis et je me permets de paraphraser Hakim Laâlam, qui publie une chronique quotidienne dans le Soir d’Algérie, intitulée : Pousse avec eux  :’Je fume du sirop d’érable pour rester éveillé et si le cauchemar continue je veux voir la suite’’. 


En fait, le Québec c’est bien plus… ce sont avant tout des hommes et des femmes, une société, des institutions… et des changements qui vont au rythme des plus conscients, des plus éclairés et des plus pragmatiques. 2014 ! Nous y voici, nous y sommes. Février est le mois le plus court de cette année qui a débuté, comme le diraient les pilotes de bolides, sur des chapeaux de roues. Son ainé de l’année s’est achevé avec bien d’heureux évènements et, d’autres qui constituent des catastrophes dues essentiellement au facteur humain - les conséquences du déraillement du train à Lac Mégantic, l’incendie gigantesque de la résidence de personnes âgées de l’Isle Verte, la vétusté des ponts, etc. - Il y a eu aussi diverses activités les unes plus absorbantes que les autres. Ça c’est le Québec !


Il faut se le dire, il s’agit bel et bien d’une conjoncture particulière avec des incidents, des surprises, des découvertes et des énoncés politiques, économiques, sociaux et culturels assez édifiants. On dit souvent que ‘’les faits sont têtus’’ ; en l’espace de quelques semaines quelques-uns sont survenus pour confirmer cette assertion. Cependant, l’essentiel reste, au-delà du devoir de mémoire pour les disparus, que la société évolue, progresse, se développe pour le meilleur de ses citoyennes et de ses citoyens. Ça c’est le Québec !


Oui ! Diront les plus optimistes et même les plus réalistes ainsi que les plus pragmatiques, même s’il existe des confrontations, des oppositions et des adversités qui retardent le parachèvement de ces changements. C’est ainsi que cela fonctionne dans les pays les plus développés, dans les démocraties et bien entendu différemment dans les autres. Les idées s’entrechoquent. Les arguments les uns plus persuasifs que les autres sont mis de l’avant. Ça c’est le Québec !


Le Québec d’hier à demain !


L’attitude et l’image projetée, lorsque l’énoncé est délivré ont leur importance. Un jeu de rôles disent certains, du charisme disent d’autres. Ce qui importe c’est de se parler, de dialoguer, de communiquer, d’informer, de convaincre … par le mot, par le verbe sans coercition. C’est ce qui détermine et qualifie les peuples civilisés. Cependant, lorsque les certitudes sont prégnantes et enracinées dans les esprits, ne deviennent elles pas, pour les idées progressistes, un mur insurmontable ? Oui ! Ça c’est le Québec !


Depuis le début de l’année 2014 des thèmes sont développés dans des espaces de discussions. L’Économie et le Social pour les uns sont ceux qui devraient mobiliser tout le monde parce que cela concerne à la fois le travail, le revenu et la participation au budget national ainsi que le bien être individuel et collectif. Ils disent que c’est Ça c’est le Québec !


La Culture, soutiennent d’autres est un attribut de la personnalité et de l’identité nationales, elle ne saurait être ignorée et encore moins négligée. Ça c’est le Québec !


La Politique, en raison de la portée des actes des élus du peuple sur toute la société aux trois niveaux gouvernementaux, encadrent le tout et c’est par elle que les valeurs, les références, les principes sont énoncés et tracent le chemin à suivre par tous. C’est dire que la mauvaise ou la bonne conception de l’une ou l’autre ne saurait avoir la primauté sur l’ensemble. Ils doivent être considérés en fonction de la conjoncture et des besoins de la société toute entière. Toutes doivent s’ajuster en tenant compte de l’évolution et des progrès réalisés par la grande communauté, sans pour autant négliger les plus démunis, les précaires et les plus vulnérables. 

Ça c’est le Québec !

Les spécialistes déclarent, chacun dans son champ de compétences, que rien n’est possible si l’on n’accorde pas l’importance qui s’impose à leur domaine d’activité, aux études, aux statistiques, aux indicateurs socio-économiques, etc. par exemple à ceux de l’ethnologie, de l’anthropologie, de la sociologie, de la stratégie, de la gestion… En fait, il s’agit de la confrontation des idées mais sous le couvert de ‘’La chapelle’’, vous connaissez. Nous savons mieux que vous autres. Ça c’est le Québec !


Il est vrai que d’aucuns considèrent qu’en cette période d’incertitude pour La Belle Province, l’un des domaines parmi les plus cruciaux est sans conteste celui de la consolidation des valeurs québécoises : notamment l’égalité des sexes et la préservation de la langue française. S’agissant de l’affermissement des contours du projet de société initié depuis le début des années ‘’60’’. Oui ! Ça divise le peuple, sous l’œil approbatif et vaniteux du Reste du Canada. Ce RoC, a montré, depuis plus de cinquante ans, son rejet d’une société francophone, égalitaire, interculturaliste et surtout distincte. Ça c’est le Québec !


Ils ne sont pas seuls à s’opposer au projet de loi proposé par le gouvernement du Québec. Il y a des fédéralistes, des libéraux, des solidaires, des Caquistes, des journalistes, des religieux, des islamistes, des immigrants conservateurs, etc. des professeurs d’universités, des intellectuels et même des lucides, ayant perdu tout sens et repères et, tous niveaux confondus. Ça c’est le Québec !


En fait, des groupes d’envergure inconsistante, en perte de leadership et de visibilité fonctionnant comme le grain de sable dans la machine, proclament sans gêne leur opposition, pourtant la majorité exprime son soutien à un changement, à un renforcement du projet de société déjà initié depuis fort longtemps. Ce projet figure le peuple, la société civile émancipée qui constitue, qui acquiesce et approuve, qui consent et adhère, qui encourage… un développement pluriel, inclusif, rassembleur et surtout cohérent d’une société égalitaire et laïque. Ça c’est le Québec !


Une culture de convergences et de productivité à même de créer et d’innover. Une communauté sachant mobiliser ses chercheurs, ses institutions et ses entreprises pour le développement du Québec. Une communauté avec une culture intégrative qui sait favoriser l’atteinte de ses objectifs de développement socio-économique territorial et environnemental… culturel et identitaire, la richesse de sa diversité et l’utilisation durable de ses ressources… Une communauté de jeunes et de moins jeunes, de femmes et d’hommes de souche et venant d’ailleurs, ouverts d’esprit et jaloux de leurs places et d’un milieu de vie partagé, qu’ils bâtissent intelligemment pour le meilleur de leurs enfants, en accord avec un socle commun et rassembleur : La laïcité. Ça c’est la rupture et c’est le Québec de demain !


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Un grand pas vers l’égalité homme-femme

Les femmes du Québec franchiront un jalon important dans leur longue marche vers l’égalité si les élus adoptent la charte de la laïcité, soutient Claire L’Heureux-Dubé. La juge à la retraite insiste : le projet de loi 60 — y compris l’interdiction du port de signes religieux pour les employés de l’État — ne porte pas atteinte à la liberté de religion.

« Rien dans le projet de loi 60 n’entrave la croyance religieuse et la pratique de la religion », souligne Mme L’Heureux-Dubé.

Elle a accepté de confier ses réflexions sur la charte de la laïcité à quelques jours de son passage à l’Assemblée nationale aux côtés des Juristes pour la laïcité et la neutralité religieuse de l’État. « La religion est d’abord et avant tout un engagement intérieur, une croyance », explique-t-elle dans un entretien avec Le Devoir. Ainsi, « les signes religieux font partie de l’affichage de ses croyances religieuses et non pas d’une pratique de la religion », précise-t-elle.

Une infirmière contrainte de retirer son hidjab après l’entrée en vigueur de la charte de la laïcité pourrait difficilement dénoncer une atteinte à la liberté de religion. En contrepartie, elle pourrait montrer du doigt une atteinte à sa liberté d’expression. « Tous les employés de l’État sont soumis à des restrictions dans leur liberté d’expression politique. En quoi une restriction similaire quant à leur liberté d’expression religieuse serait-elle différente ? » interroge-t-elle.

« Toutes fondamentales qu’elles soient », les libertés civiles protégées par les chartes québécoise et canadienne « ne sont pas absolues ». « Elles sont sujettes à des limites raisonnables dans une société démocratique et — une fois le projet de loi adopté — laïque », argue l’ex-juge de la Cour suprême.

Gouvernement des tribunaux

La charte de la laïcité entraîne son lot de « conséquences pour la collectivité » comme l’interdiction du port des signes religieux ostensibles pour les employés de l’État, admet Mme L’Heureux-Dubé. « Elle n’en est pas moins légitime », soutient-elle vigoureusement.

Dénonçant les « diktats de la religion », Mme L’Heureux-Dubé tentera de dissuader les élus d’opposition de se rallier à la position défendue par le Barreau du Québec et la Commission des droits de la personne. À ses yeux, ces deux organismes proposent à l’État de confier un « choix de société » au « gouvernement des tribunaux ». « Le rôle des tribunaux n’est pas de gouverner ni d’entraver les choix démocratiques que se donne une société, mais plutôt de réprimer les abus, s’il y en a, au regard des droits fondamentaux que protègent les chartes », affirme Mme L’Heureux-Dubé qui a siégé au plus haut tribunal du pays de 1987 à 2002.

L’ex-juge de la Cour suprême conteste l’idée reçue selon laquelle une éventuelle charte de la laïcité serait à coup sûr invalidée par les tribunaux. Les juges appelés à se pencher sur la « loi 60 » pourront difficilement faire fi du contexte social propre au Québec dans lequel a été adoptée la charte, estime-t-elle.

Dans un Québec marqué pendant des décennies par une « symbiose » entre l’Église et l’État, les femmes du Québec ont entrepris une « marche ardue vers l’égalité » balayées par le vent des « diktats de la religion », raconte Mme L’Heureux-Dubé.

Du coup, plusieurs femmes ressentent aujourd’hui un « malaise profond » par rapport à des « manifestations de coutumes venant d’ailleurs qui offusquent leur vision d’égalité qu’elles ont mis tant de temps et d’énergie à obtenir ».

Balises

La juge à la retraite privilégiera en commission parlementaire l’établissement de principes directeurs afin de baliser les accommodements religieux comme le propose le ministre des Institutions démocratiques, Bernard Drainville. « Le cas par cas facilite une mosaïque de décisions souvent contradictoires qui créent plus d’incertitude », indique-t-elle.

Elle prendra ainsi clairement le contre-pied du président de la Commission des droits de la personne, Jacques Frémont, sur cette question. « Le mémoire [de la Commission] pèse des oeufs de mouche avec des balances de toiles d’araignée », déplore-t-elle.

Claire L’Heureux-Dubé n’est guère plus tendre à l’égard du mémoire du Barreau du Québec. « Le mémoire est décevant par son négativisme. »

Elle s’explique mal l’observation de la bâtonnière du Québec, Johanne Brodeur, selon laquelle le projet de loi 60 ne s’appuie sur « aucune donnée réelle ». Les coprésidents de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, Gérard Bouchard et Charles Taylor « ont entendu les représentations des citoyens, ont fait des études… » « Et, ils en sont venus à la conclusion qu’il y avait lieu pour le Québec de se doter d’une loi sur la laïcité. Ils ont eux-mêmes recommandé une limite au port des signes religieux pour certains employés de l’État », rappelle-t-elle.

Par ailleurs, la magistrate à la retraite juge curieux que le Barreau du Québec n’ait pas consulté ses membres avant d’y aller d’une « charge à fond » de train contre le projet de loi 60 du gouvernement Marois.

La membre de l’Ordre du Canada profitera de son passage à l’Assemblée nationale pour partager son « admiration » pour le « courage » de la députée Fatima Houda-Pepin, exclue du caucus libéral il y a près de deux semaines pour avoir refusé de se rallier à l’approche légaliste de son chef Philippe Couillard dans le débat sur la charte.

 Mme L’Heureux-Dubé, qui a enregistré un nombre record de dissidences à la Cour suprême, se plaît à le rappeler : « les dissidences sont très souvent la voix du futur ». « À preuve, mes dissidences nombreuses qui sont pour un très grand nombre aujourd’hui devenues la loi », fait-elle fait remarquer.

Source : Le Devoir

dimanche 26 janvier 2014

Mouvement indépendantiste québécois pour une laïcité inclusive

MONTRÉAL, le 26 janv. 2014 /CNW Telbec/ - Présentant en point de presse leur mémoire à la Commission des institutions, les Indépendantistes pour une laïcité inclusive (IPLI) ont qualifié le projet de Charte dite des valeurs de « détournement de la révolution tranquille et de l'idéal indépendantiste ». Ce projet constitue « un aveu d'impuissance face au pouvoir canadien; le Parti Québécois abandonne l'analyse des facteurs véritables de notre domination pour nous proposer une diversion : la lutte contre un « ennemi » en grande partie fabriqué ».

Les IPLI appuient le principe de la laïcité mais rappellent qu'elle n'est pas en elle-même le gage de l'égalité homme-femme. La France, pionnière de la laïcité en 1905, fut néanmoins presque le derniers pays en Occident à reconnaître le droit de vote des femmes, en 1944, rappelle Rosa Pires, vice-présidente et co-porte-parole des IPLI.

« L'argument de l'émancipation est indémontrable en ce qui concerne les Québécoises de foi musulmane et méprise leur autonomie, ajoute-t-elle. L'application de la Charte aurait l'effet pervers de pénaliser d'abord et surtout des femmes. » Le gouvernement n'a pas  étudié non plus les conséquences du débat actuel. « Les dommages seront longs à réparer, ajoute Rosa Pires. De nombreuses femmes québécoises, ainsi que leur entourage, n'oublieront jamais comment elles ont été stigmatisées à partir de l'automne 2013. Des communautés entières, pourtant si proches de la majorité pour des raisons linguistiques et historiques, se sentiront repoussées par le Québec et seront accueillies à bras ouverts par des partis politiques qui ont toujours combattu les aspirations nationales des  Québécois », conclut Mme Pires.

Sur l'enjeu essentiel de l'identité québécoise, les IPLI considèrent que le gouvernement s'y prend mal. « Le gouvernement Marois fait la même erreur que le gouvernement Charest avec la Commission Bouchard-Taylor, insiste Robin Philpot, membre de l'exécutif des IPLI. Il se penche sur les questions entourant l'identité québécoise sans aborder celle, fondamentale, du statut politique du Québec. L'identité d'une nation libre se construit avec une batterie de moyens mais, dans la démarche actuelle, on refuse de les considérer. »

Les IPLI récusent la comparaison entre la Charte de la langue française et le projet de Charte des valeurs. « La loi 101, s'appuyant sur une grande quantité d'études sérieuses et un vaste consensus, visait à renverser 220 ans d'injustice linguistique et à nous rassembler par une langue commune, déclare Lamine Foura, qui modérait le point de presse; la Charte des valeurs ne s'appuie sur aucune étude sérieuse et sème la division. Adoptée, elle marginaliserait économiquement et socialement une partie de la population en l'excluant d'innombrables emplois,  lieux d'échanges quotidiens avec le reste de la société. »

Sur la question du port de signes religieux, les IPLI recommandent le retrait de l'article 5 et son remplacement par un article interdisant « tout au plus le port de signes religieux aux agents de l'État susceptibles de recourir à la coercition, comme les juges et les policiers. »

« Nous ne croyons pas que, dans la majorité des fonctions, le port de signes religieux par certains employés porte atteinte à la neutralité religieuse de l'État, affirme Jean Dorion. Au contraire, dans la mesure où ces personnes évitent tout prosélytisme et toute forme de favoritisme, nous croyons que c'est l'interdiction de ces signes qui peut porter à croire que l'État n'est pas neutre, mais hostile envers les religions qui les prescrivent, et méfiant envers leurs adhérents. Or, peut-on nous montrer une seule étude sérieuse démontrant qu'au Québec, les employés de l'État qui portent des signes religieux font jusqu'ici, dans leurs fonctions, preuve de prosélytisme ou de favoritisme en fonction de leurs croyances ? Comment peut-on écarter des postes publics des communautés déjà discriminées à l'emploi à partir d'appréhensions dont le bien-fondé n'est démontré par aucune recherche ? Pourquoi ne pas, au contraire, faire confiance au professionnalisme des employés, en mettant ses préjugés de côté ? Le rôle de l'État n'est certainement pas d'endosser l'intolérance envers certaines communautés, mais plutôt de contribuer, par sa propre attitude, à la dissiper. »

« Bien représenter l'État, pour un fonctionnaire, c'est s'acquitter correctement des tâches que l'État lui confie. Il peut le faire avec ou sans foulard, avec ou sans kippa », a conclu Jean Dorion.

On peut consulter le mémoire des Indépendantistes pour une laïcité inclusive sur notre site :  ipli.info.