C’est bien beau de dire du bout des lèvres qu’on est contre l’intégrisme, mais qu’est-ce qui empêchent encore en 2014 les musulmanes et catholiques de célébrer des mariages entre personnes de même sexe? C’est seulement l’homophobie de leurs propres croyances religieuses.
Depuis le début du débat sur la laïcité, les soi-disant ‘Inclusifs’ ont ignoré les préoccupations légitimes des minorités sexuelles eu égard au retour du religieux dans la sphère publique. Leur ’inclusion’ ne prend en compte que les minorités religieuses et ethniques. Ce faisant, ils tentent de présenter le projet de Charte comme oppressif et discriminatoire. Ils omettent évidemment de parler des discriminations dont la plupart des religions, majoritaire ou minoritaires, sont porteuses. Tout est fait pour tenter de présenter les femmes comme choisissant librement le port de signes religieux porteurs de discrimination. Quant aux minorités sexuelles, ils font de leur mieux pour éviter de parler de la rupture du principe de neutralité religieuse que crée le port de signes de religions la grande majorité du temps homophobes et transphobes, de l’obstacle que cela crée dans l’accès égal et respectueux aux services pour les LGBT. Ils ont poussé l’audace, comme l’a fait le philosophe Michel Seymour en Commission parlementaire, jusqu’à prétendre que ce sont les personnes LGBT qui devraient être éduquées à ne pas entretenir de préjugés face aux ‘croyantes’ des différentes religions, face auxquelles il ne faudrait pas se poser de questions sur l’homophobie inhérente aux croyances qu’elles affichent fièrement, ce qui est le comble de l’absurdité.
Pour y parvenir, les ‘Inclusifs’ tenant comme la droite politique de la ‘laïcité ouverte’, un concept qui incidemment origine de penseurs catholiques, minimisent l’homophobie religieuse. Le subterfuge est simple : si je connais des personnes croyantes qui sont contre l’intégrisme ou pour les droits LGBT, l’homophobie religieuse vient de disparaître comme par magie, et on ne doit plus en tenir compte.
C’est exactement l’argument que m’avait servi en 2009 Cynthia Kelly, déléguée de la circonscription d’Outremont, après que j’eus présenté la position adoptée dans Ste-Marie-Sainte-Jacques (SMSJ) contre le port de signes religieux au congrès de Québec solidaire (QS). J’avais expliqué comment le port de signes religieux pouvait avoir un effet repoussoir sur les LGBT accédant aux services publics et déjà à l’époque j’avais expliqué que l’homophobie religieuse était protégée par l’article 319 du code criminel qui permet de tenir des propos haineux contre les LGBT à l’abri de la loi. La seule réponse des tenants de la laïcité ouverte à cet argument : Mme Kelly connaissait une synagogue qui marie les gais et lesbiennes… donc l’homophobie religieuse, ce n’est pas un problème! Aucune féministe n’oserait dire : ‘Je connais des hommes qui ne sont pas sexistes. Donc le sexisme n’est plus un problème.’ Mais quand il s’agit des LGBT, de tels sophismes hétérosexistes sont permis même au sein de la gauche féministe.
Manon Massé à la rescousse des ‘Inclusifs’
Cette approche hétérosexiste est encore plus navrante quand elle est reprise par une personne LGBT. C’est pourtant le même argument que reprend Manon Massé, la candidate ouvertement lesbienne de QS dans la circonscription de SMSJ, la circonscription du Québec comptant la plus forte communauté GLBT dans son article ‘Minorités sexuelles et intégrisme religieux : que nous propose vraiment la Charte?’ paru sur le Huffington Post. Les musulmanes et les catholiques qu’elle connait sont contre l’intégrisme. Donc, il n’y a aucun problème avec le port de signes religieux.
Évidemment, cet argument ne tient pas la route. L’homophobie religieuse est au Canada le dernier rempart légal majeur de l’homophobie. Parmi les religions professées au Québec, 98% déclarent une religion dont les préceptes sont homophobes, les seules exceptions significatives étant l’Église unie et quelques communautés juives réformées. Bien sûr, environ 80% des Québécoises et Québécois qui déclarent une appartenance religieuse, ne sont pas des pratiquants assidus. C’est ce qui fait que les droits reconnus en matière de rapports de sexe se sont dégagés dans les dernières décennies des doctrines religieuses, principalement de la religion catholique théoriquement majoritaire.
Mais quand on parle des personnes croyantes assez convaincues pour porter des signes religieux ostentatoires sur leur lieu de travail et a fortiori de celles qui préfèreraient perdre leur emploi que de les enlever, il y a fort à parier que celles-ci se retrouvent davantage dans le 20% pratiquant, et que celles-ci se conforment le plus souvent aux préceptes homophobes de leurs religions. Il y a bien sûr différents degrés d’homophobie, mais si les musulmanes et catholiques contre l’intégrisme sont si nombreuses comme Mme Massé veut nous le faire croire, qu’on m’indique où est l’église catholique ou la mosquée la plus proche qui marie les lesbiennes? C’est bien beau de dire du bout des lèvres qu’on est contre l’intégrisme, mais qu’est-ce qui empêchent encore en 2014 les musulmanes et catholiques de célébrer des mariages entre personnes de même sexe? C’est seulement l’homophobie de leurs propres croyances religieuses.
À homophobie voilée
Pour notre gouverne, Mme Massé pourrait peut-être nous dire si parmi ces musulmanes qu’elle connait, il y a cette ‘féministe musulmane’ Asmaa Ibnouzahir que QS avait invité à prendre la parole lors de son assemblée publique du 20 octobre dernier sur son projet de charte de la laïcité? Si cette ‘féministe musulmane’ est contre l’intégrisme, elle a bien patiné (prétextant ne pas s’en souvenir) quand je lui ai demandé si elle partageait le point de vue de Tariq Ramadan mis en ligne en 2009 sur le site de Présence musulmane Montréal (dont elle était la coordonnatrice et représentante en 2007 et 2008) quelques jours après l’annonce d’une subvention gouvernementale pour combattre l’homophobie chez les communautés immigrantes. Dans ce texte, le maître à penser de cette organisation qui faisait une leçon de tolérance au peuple québécois lors de son passage à la Commission Bouchard-Taylor en 2007, disait qu’aucun courant de l’Islam ne pourrait accepter l’homosexualité. Sont-ce là des musulmanes contre l’intégrisme? Au moins, dans sa lettre ouverte N’ajoutons pas un voile au voile de 2009, Françoise David avait l’honnêteté intellectuelle d’admettre que les ‘féministes catholiques’ qu’elle a connues en 1995 dans le cadre de la marche Du pain et des roses ‘sont présentes activement dans tous les combats, se gardant parfois une réserve lorsqu’il s’agit d’avortement ou d’homosexualité, par exemple. Mais jamais elles ne votent contre le libre-choix, elles préfèrent s’abstenir.’
Je comprends que de telles admissions d’homophobie seraient aujourd’hui bien gênantes dans le cadre du débat sur le port de signes religieux par les employées de l’État.
L’art de dévier le débat
Ayant évacué la question, Mme Massé dévie le débat sur la lutte contre l’intégrisme, qui n’est pas la raison première du projet de Charte. Elle reproche au projet déposé par le gouvernement de diviser inutilement le peuple québécois et lui reproche de ne rien faire pour contrer l’intégrisme qui ne pourrait être combattu efficacement que par l’intégration socio-économique et l’éducation.
Tout d’abord, il est assez cocasse d’entendre Mme Massé dénoncer la division que crée ce débat. En 2009, elle était de celles qui se sont empressées de clore le débat à la Fédération des femmes du Québec pour adopter une position favorable au port de signes religieux à contre-pied de la position du Conseil du statut de la femme. Cette position a profondément divisé le mouvement féministe depuis.
De la même façon, au sein de Québec solidaire, Mme Massé s’est désolidarisé de la position de sa propre circonscription pour intervenir en faveur du port de signes religieux et appuyer la position de Françoise David lors du Congrès de 2009 où la question de la laïcité fut abordée… là aussi une position qui divise toujours les membres de QS et a mené à plusieurs démissions et départs.
Apparemment, c’est cinq ans après avoir adopté de telles positions à contre-pied des postions traditionnelles de la gauche et du mouvement féministe en faveur de la laïcité et critique des dogmes religieux sexistes et homophobes que Mme Massé réalise la ‘division’ que le débat engendre… et elle en blâme le gouvernement! Mme Massé aurait peut-être pu prêcher par l’exemple depuis cinq ans? Et réfléchir à ses prises de position qui placent aujourd’hui une partie de la gauche et du mouvement féministe à la remorque des positions de la droite religieuse.
Contrairement à ce que suggère Mme Massé, il est assez illusoire de penser qu’on puisse unir la gauche et la droite sur cette question comme sur la plupart des grands enjeux de société. Mais Mme Massé aurait certes pu contribuer à unir la gauche, les minorités sexuelles et le mouvement féministe sur cette question. C’est tout le contraire que ses actions ont prouvé.
Et si QS se regardait le nombril?
De la même façon, quand Mme Massé reproche au gouvernement de ne pas proposer l’abolition du financement public des écoles privées confessionnelles et de ne pas demander au gouvernement fédéral l’abrogation de l’article 319 du Code criminel pour contrer l’intégrisme, on est en pleine supercherie. Sur la question du retrait du financement public des écoles confessionnelles, est-il nécessaire de rappeler que le projet de Charte de QS déposé par Françoise David l’a exclu d’emblée? Pas besoin de faire un grand calcul et de la grande analyse politique pour savoir qu’une telle proposition à l’heure actuelle ne rallierait pas une majorité à l’Assemblée nationale.
Quant à l’abrogation de l’article 319 du Code criminel qui permet de tenir des propos haineux sur la base de croyances ou textes religieux, pour avoir défendu ce point de vue au sein de QS depuis 2009, je trouve carrément démagogique pour Mme Massé de l’invoquer. Premièrement, Françoise David elle-même lors du débat public sur le projet de charte de QS a admis en réponse à ma question ‘ne pas y avoir pensé’ et deuxièmement la seule proposition qui pourrait être débattue en ce sens dans les instances de QS en vue du prochain congrès vient de moi. Si Mme Massé croit en l’importance de la question, a-t-elle déposé cette revendication dans le mémoire qu’elle cosigne avec Alexa Conradi et 25 autres signataires au nom d’une ‘Association LGBT pour un Québec inclusif’ en Commission parlementaire? Le seul regroupement à ma connaissance à avoir présenté cette revendication en Commission parlementaire est LGBT pour la laïcité dont je suis président et que Mme Massé tente de contrecarrer avec son association fantôme.
Nager en pleine contradiction
Combattre l’intégrisme par l’éducation, comme le soutient Mme Massé, est bien sûr une tâche primordiale. Mais Mme Massé ne voit-elle pas la contradiction de combattre l’intégrisme en éducation tout en banalisant l’expression de religions homophobes en permettant au personnel enseignant d’en porter les signes les plus ostentatoires? Quelle crédibilité aura le personnel affichant ces signes religieux pour critiquer les aspects discriminatoires des religions?
Quant à la prétention groucho-marxiste (car elle tient davantage de Groucho que de Karl Marx) constamment ressassée par les ‘Inclusifs’ à l’effet que c’est l’intégration socio-économique et l’accès à un bon emploi qui est la meilleure garantie pour contrer l’intégrisme, est-il nécessaire de rappeler que la province au Canada qui compte la droite religieuse la plus active, l’Alberta, est aussi la province la plus riche et dont le taux de chômage est le plus bas? Il n’y a pas d’équation entre exclusion socio-économique et intégrisme. L’intégrisme se nourrit aussi des privilèges socio-économiques comme en témoigne le Tea Party de la droite américaine.
Chose certaine, ce n’est certainement avec de tels sophismes et avec de la démagogie qu’on combat l’intégrisme et l’obscurantisme religieux. La grande force de la pensée rationnelle des Lumières qui a jeté les bases de nos sociétés démocratiques et qui les a tirées de l’obscurantisme religieux, est de reposer sur les faits et sur la science. Pas de les occulter et de les travestir.
La Charte, un pas en avant
En affirmant la laïcité et la neutralité religieuse de l’État, en établissant des limites aux accommodements religieux, en imposant un devoir de réserve religieux aux personnels de l’État, le projet de Charte raffermit le caractère laïc de l’État québécois et le rend moins perméable au retour du religieux. Ce n’est pas encore le parachèvement de la laïcité de l’État, beaucoup de travail reste à faire pour contrer l’intégrisme et éduquer au respect des droits humains dont les droits LGBT, mais c’est un pas en avant.
Quand j’entends le ministre Drainville revenir constamment à la charge en commission parlementaire et confronter ceux et celles qui prétendent que le port de signes religieux ne pose aucun problème en leur rappelant l’effet dissuasif (je dirais l’effet Vade retro Satanas) que cela peut avoir dans l’accès aux services pour les personnes LGBT, je me convaincs chaque jour un peu plus que nous sommes dans la bonne voie, que pour une fois on nous considère comme des êtres humains égaux en droits et dignes de respect dans l’établissement d’un cadre de vivre ensemble. C’est une occasion qu’une certaine gauche vient totalement de manquer de se positionner comme la défenseure des droits LGBT.
http://www.etremag.com/2014/02/les-minorites-sexuelles-la-charte-manon-masse-la-defense-de-la-position-heterosexiste-des-inclusifs-13043
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samedi 15 février 2014
jeudi 13 février 2014
Homosexualité en Tunisie : circulez, y a rien à voir !
Les homosexuels tunisiens sont les grands oubliés de la nouvelle Constitution. Certes, le texte, adopté le 26 janvier, élargit les libertés individuelles. Mais les élus de l'Assemblée nationale constituante (ANC), craignant de légitimer le mariage homosexuel, ont imposé la référence à la famille stricto sensu (l'union d'un homme et d'une femme) dans la loi fondamentale. Lors de la campagne électorale de 2011, pourtant, les islamistes d'Ennahdha avaient ouvert une brèche en proposant d'examiner le problème de la "dignité" de ces "personnes dévalorisées", dont ils promettaient de respecter les droits. Au même moment, Gayday, le premier magazine homosexuel tunisien, était lancé sur internet.
"Il n'est pas question que la perversion sexuelle soit un droit humain"
Mais ces promesses électorales n'ont pas connu de suite. Mis au banc de la société, les homosexuels encourent toujours une peine de trois ans de prison, selon l'article 230 du code pénal promulgué en 1913 - il y a plus d'un siècle. Le Conseil des droits de l'homme des Nations unies avait pourtant recommandé à la Tunisie la dépénalisation des relations entre personnes de même sexe en 2012.
Ces citoyens-là devraient se faire soigner.
SAMIR DILOU, ex-ministre des Droits de l'Homme
Désormais, la position d'Ennahdha est sans ambiguïté. "Il n'est pas question que la perversion sexuelle soit un droit humain, a tranché Samir Dilou, ex-ministre des Droits de l'homme et de la Justice transitionnelle, membre du bureau politique du parti islamiste, en février 2012. Ces personnes devraient se faire soigner. Ce sont des citoyens, mais ils doivent respecter les lignes rouges fixées par notre religion, notre héritage et notre civilisation." Une sortie qui illustre le conservatisme ambiant. Autre anecdote non moins éclairante : la gêne du gouvernement et les réactions offusquées - dont celle de Slim Riahi, un jeune conservateur libéral fondateur du parti de l'Union patriotique libre (UPL) - face au succès du film La Vie d'Adèle du Franco-Tunisien Abdellatif Kechiche, qui a remporté la Palme d'or au dernier Festival de Cannes.
Et quand le sujet apparaît soudainement dans la vie politique, la loi du silence prévaut. Comme après l'arrestation de Mounir Baatour, président du Parti libéral tunisien (PLT), pris en flagrant délit de rapports homosexuels en avril 2013. L'affaire a été rapidement étouffée. De même, les opposants de Ben Ali ont déjà oublié comment l'ancien régime avait utilisé ce tabou pour les discréditer durant leur incarcération. Qui se souvient encore de cette vidéo compromettante et probablement truquée d'Ali Larayedh, le chef du gouvernement sortant ? Bel exemple d'amnésie collective.
http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2769p024.xml8/
samedi 18 janvier 2014
LES LGBT ET LA CHARTE: UNE LAÏCITÉ OUVERTE… À LA DÉMAGOGIE?
Depuis le début du débat sur la Charte de la laïcité, certaines personnes et organisations favorables à la dite ‘laïcité ouverte’ sont intervenues pour prétendre que les limites proposées à la liberté de religion préfiguraient des reculs aux droits des autres minorités dont les minorités sexuelles. N’ayant aucun intérêt pour les enjeux qui préoccupent véritablement la communauté LGBT qui se soucie surtout du retour des intégrismes religieux, les défenseurs tous azimuts de la ‘liberté de religion menacée’ n’ont d’autre choix que d’avoir recours à la démagogie pour tenter de nous rallier à leur cause.
Depuis le début du débat sur la Charte de la laïcité, certaines personnes et organisations favorables à la dite ‘laïcité ouverte’ sont intervenues pour prétendre que les limites proposées à la liberté de religion préfiguraient des reculs aux droits des autres minorités dont les minorités sexuelles. N’ayant aucun intérêt pour les enjeux qui préoccupent véritablement la communauté LGBT qui se soucie surtout du retour des intégrismes religieux, les défenseurs tous azimuts de la ‘liberté de religion menacée’ n’ont d’autre choix que d’avoir recours à la démagogie pour tenter de nous rallier à leur cause.
Il y a d’abord eu le président de Québec ‘inclusif’ Rémi Bourget qui, après avoir omis de parler de cette dimension de la diversité dans son manifeste de fondation, a tenté d’utiliser la question en comparant de façon délirante homophobie et islamophobie. La semaine dernière, ce fut au tour d’une association inconnue dans la communauté LGBT, la soi-disant Association LGBT pour un Québec inclusif à revenir à la charge en prétendant qu‘’’Il est légitime pour nous de craindre qu’un gouvernement qui attaque aussi facilement une minorité au nom de la majorité puisse éventuellement décider d’attaquer les droits de nos communautés, qui sont vues comme des minorités au sein de la société québécoise». Plusieurs médias se sont empressés d’en faire la porte-parole de la communauté LGBT parce que le cinéaste Xavier Dolan, la candidate de Québec solidaire Manon Massé et Alexa Conradi, présidente de la FFQ et ex-présidente de Québec Solidaire étaient associés à ce mémoire, alors qu’elle apparait bien davantage comme l’aile LGBT de Québec ‘inclusif’ et qu’elle soutient une position à cent lieues du sentiment majoritaire de la communauté LGBT.
Et puis finalement c’est au tour de la Commission Jeunesse du PLQ de tenter de manipuler la question LGBT pour prétendre que ‘’l’adoption de la Charte pave la voie à d’autres atteintes aux droits et libertés de toutes les minorités. L’adoption du projet de loi 60 pourrait même permettre à un futur gouvernement de s’attaquer aux droits de la communauté des lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres (LGBT)’’.
Occulter l’homophobie religieuse
Ces différents intervenants ont en commun d’être en faveur du port de signes religieux et pour défendre ce point de vue, ils font de leur mieux pour minimiser la réalité de l’homophobie et la transphobie religieuses qui est pour eux une épine au pied. Car bien sûr en occultant l’homophobie et la transphobie religieuses, on peut continuer de prétendre que le port de signes religieux ne crée aucun malaise auprès des citoyens et citoyennes LGBT. La réalité est toute autre et il est bien évident qu’en partant du point de vue des minorités sexuelles historiquement discriminées et persécutées par à peu près toutes les religions, le port de signes religieux crée un obstacle de plus pour l’accès aux services gouvernementaux pour des communautés qui y ont toujours eu difficilement accès. À titre d’exemple, comment une adolescente qui découvre son orientation sexuelle pourrait se sentir à l’aise d’en parler à un psychologue portant une croix catholique si elle a appris dans son cours d’ÉCR que cette religion condamne l’homosexualité? Comment un immigrant gai provenant d’un pays musulman où sa vie était menacée, pourrait se sentir à l’aise de consulter une médecin portant le voile islamique et lui parler de sa sexualité?
L’invention d’une menace laïque
Alors qu’ils refusent de considérer cet impact négatif et inacceptable de la rupture de la neutralité et d’apparence de neutralité religieuses que crée le port de signes religieux, ces différents intervenants sont en mal de trouver un autre argument pour tenter de convaincre nos communautés d’appuyer leur opposition à la Charte. C’est ainsi qu’ils se rabattent sur cet argument délirant que le gouvernement qui se propose d’affirmer et de baliser la laïcité de l’État, une laïcité qui a permis à nos droits d’avancer et qui en est la meilleure garantie en mettant l’État à l’abri des influences religieuses, pourrait aisément s’attaquer à nos droits.
Évidemment, cette accusation est sans substance puisque les limites proposées à la liberté de religion ne sont pas une attaque aux droits de minorités, et sont pleinement justifiées compte tenu des multiples contradictions entre les dogmes des principales religions pratiquées au Québec et les droits maintenant reconnus aux citoyens et citoyennes, contradictions qui ne peuvent que créer des problèmes dans l’offre de services.
Elle est d’autant plus ridicule que le parti gouvernemental, le Parti Québécois, a été associé à toutes les avancées juridiques qui ont permis aux droits LGBT d’être reconnus, depuis l’ajout de l’orientation sexuelle comme motif interdit de discrimination à la Charte québécoise des droits et libertés en 1977 (le Québec était la 2e législature dans le monde à aller en ce sens) jusqu’à l’adoption de la loi sur l’union civile et les nouvelles règles de filiation en 2002 et le projet de loi 35 actuellement débattu par l’Assemblée nationale, en passant par la reconnaissance des couples de même sexe à la fin des années 1990.
De la part du Parti libéral, c’est d’autant plus ridicule puisqu’après avoir refusé d’inclure l’orientation sexuelle comme interdit de discrimination en 1975, ses contributions se sont limitées à donner suite à l’œuvre entreprise par les gouvernements péquistes : audiences publiques de la Commission des droits de la personne en 1993 (dont les principales recommandations furent mises en application par le gouvernement suivant du Parti québécois) et un groupe mixte de travail sur l’homophobie dont les travaux ont débuté en 2004 et les premiers résultats, un plan d’action contre l’homophobie, ne furent obtenus qu’en 2011 en fin de 3e mandat et qui ne répondait qu’à 20% des besoins minimaux identifiés par les organismes LGBT de l’aveu même du ministre Fournier (alors que le maigre financement des organismes LGBT avait été coupé lors du 1er mandat du gouvernement Charest).
La réalité de la vie
Ce genre d’accusation sans fondement me rappelle immanquablement les propos d’un activiste gai de l’Université Concordia qui avait justifié son opposition à l’accession du Québec à la souveraineté en 1995 en prétendant qu’un Québec indépendant serait un État ‘homophobe’, ‘fasciste’ et ‘raciste’. Or, la réalité de la vie depuis, c’est que tous les votes qui ont été pris à la Chambre des communes à Ottawa en faveur des droits LGBT n’ont pu être gagnés qu’avec l’appui massif des députés provenant du Québec (dont une large majorité de députés du Bloc Québécois) autour de 80-90% en faveur de nos droits, contre toujours moins de 50% dans le reste du Canada. C’est bien simple : sans les députés québécois, les LGBT au Canada n’auraient aucun droit et le gouvernement Harper aurait pu aisément revenir à la définition hétérosexiste du mariage, son premier engagement électoral en 2006.
Rien n’est plus éloigné de la vérité que de prétendre que c’est l’affirmation de la laïcité qui est une menace pour les minorités sexuelles. Nos communautés savent trop bien qu’ ‘’Étant donné la prégnance de la morale religieuse, les personnes homosexuelles sont demeurées longtemps dans l’ombre. La doctrine religieuse servait alors de caution à leur stigmatisation.’’ Comme le rappelait dès les premières lignes le rapport du Groupe mixte de travail sur l’homophobie en 2007. Et elles comprennent très bien que ce sont ceux et celles qui s’acharnent à défendre les multiples privilèges religieux, qui multiplient les concessions aux intégristes religieux, qui s’alignent objectivement sur l’agenda du gouvernement conservateur de Stephen Harper en attaquant la laïcité, qui constituent la véritable menace à nos droits.
André Gagnon
http://www.etremag.com/2014/01/les-lgbt-et-la-charte-une-laicite-ouverte-a-la-demagogie-12913
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