jeudi 13 février 2014

Fatima Houda-Pépin : «On est dans le siècle des intégrismes»

Comment combattre l’intégrisme ? Voici un extrait de l’entrevue que Fatima Houda-Pépin a accordée à L’actualité avant de déposer son projet de loi.

Aujourd’hui indépendante, Fatima Houda-Pépin estime que le débat sur la neutralité de l’État qu’a déclenché le projet de loi 60 — aussi important soit-il — escamote le vrai problème, celui qui grandit à l’abri des regards, dans les temples, les mosquées, les églises, les centres pour les jeunes : l’intégrisme religieux.

Comment la députée de La Pinière combattrait-elle ces intégristes, présents, selon elle, à Montréal et à Québec ? Avant de déposer son projet de loi en Chambre, elle a tracé pour nous quelques pistes. Voici un extrait de l’entrevue que vous pouvez retrouver en intégralité en cliquant ici (réservé aux abonnés) ou en se procurant le numéro de mars 2014 de L’actualité, en vente en kiosque ou sur iTunes et Google Play, pour tablettes et téléphones intelligents.

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Comment se manifeste l’intégrisme au quotidien ?

Il touche d’abord les femmes. Les intégristes s’attaquent à leur comportement, à leur autonomie, à leur apparence. À leurs rapports avec les hommes et la société, autant en privé qu’en public. Les femmes sont un élément central de leur lutte. Mais pour justifier leur oppression, il faut une raison majeure. Ce n’est pas facile. En prétextant la liberté de religion, ça passe mieux.

Par exemple, dans les écoles et les universités, des intégristes surveillent les jeunes femmes musulmanes et leur interdisent de partager leur table avec des mécréants ou de faire leurs travaux avec des hommes.

Certaines communautés veulent soustraire les enfants à l’école, parce que le programme scolaire n’est pas conforme à leur vision du monde. On le voit dans plusieurs communautés, notamment chez les juifs hassidiques.

Il n’y a pas que l’islam aux prises avec l’intégrisme…

Bien sûr que non. L’intégrisme, c’est le gouvernement de Dieu. Peu importe le dieu. Il y a la montée de la droite religieuse américaine qui nous rattrape, on le voit à la Chambre des communes, à Ottawa, avec les évangéliques, qui tentent de rouvrir le débat sur l’avortement avec des projets de loi. Ça touche encore le droit des femmes. On est dans le siècle des intégrismes. Il faut s’y attaquer, mais avant, il faut le comprendre.

Comment peut-on lutter contre ce phénomène ?
3 % : le pourcentage de Québécois de confession musulmane
Source : Statistique Canada, 2011
On ne doit pas mettre en péril les droits acquis avec l’arbitraire de l’accommodement religieux, le cas par cas. Il faut établir des balises claires. Par exemple, il est inacceptable que quelqu’un refuse d’être servi par une femme qui travaille pour l’État. Ce n’est pas négociable. Quelqu’un ne peut pas arrêter de travailler pour aller prier, ça entrave le fonctionnement de l’État. On doit intégrer la neutralité religieuse de l’État dans la Charte des droits et libertés. Tout comme les autres partis à l’Assemblée nationale, je suis d’accord avec ce volet du projet de loi 60, qui veut encadrer les demandes d’accommodements.

Mais vous n’êtes pas d’accord avec l’aspect le plus controversé de la charte du PQ, celui qui interdit les signes religieux dans la fonction publique et parapublique ?

Le projet de loi 60 fait du « mur à mur » inutilement. Le plus loin où je propose d’aller, c’est une interdiction pour les personnes en position d’autorité, comme les policiers, les juges ou les gardiens de prison. C’est le consensus qui se dégage dans la société et on peut l’utiliser comme socle sur lequel construire la lutte contre l’intégrisme.

Car ce n’est pas du tout avec cette disposition sur les signes qu’on va lutter contre l’intégrisme. On ne touche pas aux comportements, aux gestes, au prosélytisme. C’est là où se trouve le véritable enjeu. L’État doit être neutre dans ses actions, pas dans son code vestimentaire, sauf pour les symboles dégradants pour la femme, comme la burqa, le niqab et le tchador.

Vous avez préparé un projet de loi pour lutter contre l’intégrisme. Que contient-il ?

J’ai l’intention de le présenter à l’Assemblée nationale et le contenu doit rester secret jusque-là. (À lire : «La députée Fatima Houda-Pépin dépose son projet de loi sur l’intégrisme»)

Pour l’instant, je peux dire que nous devons d’abord documenter le phénomène de l’intégrisme, y compris la façon dont il évolue dans un contexte québécois. Je propose de créer un organisme de surveillance. Et pas seulement un groupe d’académiciens qui jasent de théories. Je parle de gens sur le terrain, qui suivent ce qui se passe, qui comprennent la langue et la façon de penser des intégristes. Après, on saura quoi faire pour le contrer, comment s’ajuster.

Les intégristes nous connaissent sous toutes nos coutures. Nos lois, nos règlements, nos leaders, nos politiques… Mais nous, nous ne les connaissons pas, et c’est à leur avantage. Ils savent comment manipuler. Et ils sont super bien financés, notamment par l’Arabie saoudite.
« Le combat n’est pas entre les chrétiens et les musulmans, mais entre les démocrates et les intégristes de toutes les religions. »
- Fatima Houda-Pépin
Ensuite, il faut cesser de faire de l’amalgame. Tous les croyants ne sont pas des intégristes. La majorité des croyants pratiquants considèrent les intégristes comme l’ennemi de l’islam, qui tentent de contrôler leur foi et qui veulent la transformer en combat politique.

En 2007, lors des élections qui ont eu lieu après la motion contre la charia que j’avais fait voter à l’Assemblée nationale, les intégristes disaient de ne pas voter pour la députée qui avait fait échouer l’arrivée de la charia au Québec. En plus de leurs discours, ils ont distribué des brochures dans plusieurs langues. Dans ma circonscription, des gens m’ont prévenue après la prière du vendredi. Beaucoup étaient scandalisés qu’on leur dise comment voter. Les intégristes ne sont pas l’islam et les musulmans le leur ont fait sentir. J’ai été réélue. Il faut tendre la main aux gens des communautés qui ne sont pas dans l’intégrisme.

Les discours d’exclusion m’inquiètent, y compris le débat sur les signes religieux dans la fonction publique.

http://www.lactualite.com/actualites/politique/fatima-houda-pepin-on-est-dans-le-siecle-des-integrismes/

EN-VOILEMENT SOUS PRESSION SOCIALE

Cette oeuvre intitulée "DISPARITION" 
est de l'artiste yémenite Bouchra Almutawakel.

En discutant avec certaines tunisiennes de la raison "subite" de leur en-voilement, il est curieux d'entendre leur raisons :

- Certaines, biens qu'universitaires (pharmacienne, médecin...), ont adopté le voile sans conviction particulière; juste pour le qu'en dira-t-on, de leurs voisins et de leur famille où certaines femmes peu instruites mais voilées, incitent leurs "sœurs" à se voiler, persuadées que le voile est un critère "religieux" de leur bonne moralité !
Comme disent les tunisiens " khoudh el ilm min ras el fkaren " (" instruis-toi auprès de cerveaux obtus, pas plus grands que celui des tortues " !) (proverbe traduisant à la fois l'étroitesse et la lenteur d'esprit des obscurantistes !!).
Au lieu que ce soit les "instruites" qui éduquent les non instruites, en leur ouvrant l'esprit et les yeux; c'est l'inverse qui se produit, puisque les non instruites entraînent, les instruites à l'en-voilement avec des arguments obscurantistes qu'elles semblent gober avec conviction !

- Certaines pourtant étudiantes, l'ont porté sans conviction non plus, mais sous la pression et la menace de leurs collègues " barbus " qui investissent de plus en plus l'Administration Tunisienne et les universités. Comme celle de Kairouan tombée dans les mains des salafistes qui y dictent leurs lois aux étudiantes. Et par l'intimidation, l'insulte, la violence; ils finissent par les "convaincre" de se voiler !

- Aux deux types de femmes récemment envoilées sous "pression", aucune n'a réfléchi sérieusement aux conséquences de son acte, sur elle-même mais aussi sur le statut de la femme en général en Tunisie !

Après discussion, elles ont compris qu'elles étaient utilisées comme porte étendard d'un mouvement politique qui les abuse de leur faire croire qu'il est le défenseur de la foi, de la religion et de la moralité.

- Certaines me disent porter leur voile depuis des années par conviction religieuse.
Après discussion, elles ont compris qu'il n'y a rien de religieux dans ce chiffon, et ce ne sont que les hommes qui lui donnent une "valeur" religieuse ... qui n'est en réalité que politique !

Une m'a dit qu'elle réfléchira mais finira surement par le retirer... car elle se sentirait toute nue si elle le retirait du jour au lendemain ! Ce qui démontre l'impact psychologique de l'accoutrement "religieux" au point que les femmes finissent par se sentir nues sans leur voile !

Une autre travaillant dans l’administration avoue avoir retiré le voile du jour où ses collègues qui l’ont poussée à le porter, commençaient à la harceler de « haram » (ce qui est illicite) et de « halal » (de ce qui est illicite), à propos de tout : ses faits, ses gestes, sa conduite, sa façon de parler … comprenant subitement l’endoctrinement dans lequel elles veulent l’enfermer !

- Certaines m'assurent que bien qu'elles soient envoilées, elles ne cautionnent pas Ghannouchi, qu'elles disent "loin" de leur vraie foi islamique.
Une lui reproche même d'instrumentaliser la religion à des fins politiques, en divisant la société en "bons musulmans" et en "mauvais musulmans", se prenant pour Allah pour juger les hommes ! Ce qui est "hram", dit-elle !

- Plus grave encore, certaines ont été utilisées comme moyen de pression et de vengeance par Ghannouchi qui coopte ses victimes et s'en sert contre ses ennemis !
Des amis m'ont présenté la fille d'un haut responsable sous Bourguiba, chargé des dossiers des islamistes, dont le mouvement naissant sous la houlette de Ghannouchi pratiquait déjà les méthodes des sectes par l'infiltration de leurs opposants et l'endoctrinement de leurs proches ... par cooptation !

A l'âge de 12 ans, elle et sa sœur ont été "approchées" par un groupe de "religieux" pour les convaincre d'adopter leur islam, "le vrai", les assuraient-ils ! L'aînée rebelle, les a envoyés paître et la seconde ayant des problèmes relationnels avec son père s'est laissée convaincre ... et les a suivis.
Ils l'ont convaincue d’abandonner l'école, de se contenter de fréquenter la mosquée et d'apprendre le coran. Ce qu'elle a fait ! Et de manière assidue, elle assistait aux prières à la mosquée d'Ariana, "placée" deux à trois rangs derrière Ghannouchi en personne !
Très vite l'endoctrinement à coup de "halal" (licite) et de "haram" (illicite), d'interdits, de paradis et d'enfer .... a porté ses fruits. Puisqu'elle a fini par s'isoler de sa famille devenue "mécréante" et impure à ses yeux; et qu'elle a très vite porté le voile ... au grand dam de son père !
Ses nouveaux "amis" ne lui laissaient pas de répit jusque chez elle, dans sa chambre ... pour l'endoctriner et veiller à sa "bonne" éducation et surtout pour veiller à ce que ses parents ne la "récupèrent"  ! Evidemment tous ces changements n’étaient pas du goût du père qui faisait la chasse aux islamistes ! L'adolescente vivant sa crise existentielle, jubilait de cette contrariété paternelle !

Au bout de quelques années de "wahhabisation", dont elle ignorait jusqu'au nom cette doctrine, elle a commencé à observer ses nouveaux "amis" décelant leur supercherie, leur hypocrisie, leur mensonges et leur tartuferie !
Un jour elle décide de les quitter et s'isole, dégoûtée de s'être laissée duper et d'avoir gober leurs discours lignifiants sur la religion !!
Après une déprime et une crise d'identité doublée d'une crise mystique, elle a compris que l'Islam n'est pas ce que ces "amis" lui inculquaient !
Par réaction, elle a retiré les voiles et cessé de fréquenter la mosquée pour ne plus les revoir.

A l'âge adulte elle a réalisé qu'elle était manipulée pour servir d'instrument de vengeance pour Ghannouchi qui voulait piéger son père chargé des "dossiers" des islamistes ... en semant le poison wahhabite qu'il était censé combattre ... et ce en l'introduisant jusque dans sa famille !
A son insu, elle a vengé Ghannouchi de l'homme qui le pourchassait, lui et ses sympathisants !
Des années plus tard, elle a regretté d'avoir quitté l'école à 12 ans ... mais pugnace, autodidacte, elle a "suivi" des cours de droit en plongeant dans les cours de son fils inscrit à la fac de droit !

Ce qui m'a fait plaisir, c'est que la plus part de ces tunisiennes, m'ont semblées convaincues de la nécessité de retirer leur chiffon, et même certaines ont franchi le pas et ont retiré leur voile, dont une m'a dit : "Ouf je respire" (ce jour là il faisait 36 °) en le retirant devant moi.
Quand je lui ai expliquée le sens de son "ouf" et de son geste qui pouvaient aussi dire : " Je me libère du carcan que les barbus veulent m'imposer, pour mieux me soumettre à leurs lois prétendument divines ! Et ce en m'instrumentalisant dans un but hypocritement politique de prise de pouvoir tout simplement "; elle a souri et m'a remercié de lui avoir ouvert les yeux.

Devant la vague de wahhabisation, il revient à tous les progressistes d'éclairer les femmes victimes du poids social et de la peur qu'instaurent les salafistes ! Car si les femmes refusaient de jouer le jeu des islamistes, moins grande sera leur "visibilité" par l'étendard qu'ils leur font porter dans la société tunisienne. Ce qui limitera leur influence.
Si elles pouvaient comprendre qu'il y va de leurs intérêts de refuser le port de cet "étendard" pour en faire un acte de résistance à l'obscurantisme et à la soumission aux hommes ... elles éviteront de couper la branche sur laquelle elles sont assises et éviteront à leurs sœurs, filles et mères .... de perdre leurs précieux acquis, uniques dans le monde dit "arabo musulman" : Le Statut de la Femme  !

Que les tunisiennes se rappellent ce qu'il est advenu des iraniennes qui ont joué le jeu des ayatollah, en portant le tchador comme étendard de contestation du Shah d'Iran et de sa dictature.
Mal leur en a pris, car une fois le Shah parti, les ayatollah leur avaient interdit de retirer leurs tchadors sous peine d'amende ... ou de coup de poignard par des fanatiques, pour les plus récalcitrantes !
Plus de 30 après elles ne savent comment faire pour se défaire de leur tchador et de tous les symboles qu'il représente pour elles !
Une prise de conscience tardive d'un piège où elles se sont laissées prendre avec leur consentement !

Les tunisiennes seront-elles plus intelligentes que les iraniennes ?

Rachid Barnat

http://latroisiemerepubliquetunisienne.blogspot.ca/2012/07/en-voilement-sous-pression-sociale.html

mardi 11 février 2014

Happy - Heureux ! Les jeunes en Tunisie affichent des vidéos d'eux-mêmes qui dansent...

Young people in Tunisia are posting videos of themselves dancing to Pharrell’s Happy song as a form of defiance.
Islamists have said the dancing is just ”debauchery and moral decay” but the videos have received tens of thousands of hits and loads of support. Their coming to power heralds the death of music and dance so dancing is a really good way of challenging their regression.
In March of last year, Tunisian high school students did a protest version of the Harlem Shake pitting them against the Islamists.
You know the well known saying: If I can’t dance I won’t join your revolution…
It should now say: “I’ll dance to defend my revolution…”
Here are some of the videos:


Les jeunes en Tunisie affichent des vidéos d'eux-mêmes qui dansent au chant joyeux de Pharrell comme une forme de mépris.
Les islamistes ont dit la danse est juste "la débauche et la décadence morale", mais les vidéos ont reçu des dizaines de milliers de visites et des charges de soutien. Leur arrivée au pouvoir annonce la mort de la musique et de la danse si la danse est un très bon moyen de contester leur régression.
En Mars de l'année dernière, les élèves tunisiens du secondaire ont fait une version protestation de la Harlem agiter les opposer les islamistes.
Vous connaissez le dicton bien connu: Si je ne peux pas danser, je ne vais pas rejoindre votre révolution ...
Il faut maintenant dire: «Je vais danser pour défendre ma révolution ..."
Voici quelques-unes des vidéos:

http://www.youtube.com/watch?v=5DJ_z59iI0M

http://www.youtube.com/watch?v=j6TBb7ZIEeo

http://www.youtube.com/watch?v=q6R6dnfhC0U

http://www.youtube.com/watch?v=OGilnvH1eNc


Exclusif : 84% des salariés sont pour la neutralité religieuse dans les entreprises


C'est une quasi-unanimité : 84% des salariés interrogés par l'institut Sociovision pour son enquête annuelle sur la société française préfèrent que les religions restent en dehors de l'entreprise. L'ampleur du consensus a de quoi surprendre : peu importe leur âge, leur sexe, leur statut, tous pensent à une forte majorité que « l'entreprise doit rester un endroit neutre et ne pas prendre en considération les revendications d'ordre religieux ». Les trois quarts des pratiquants d'une religion sont d'accord ! Mais cette préférence laïque s'inscrit sur un fond de crispation et de moindre tolérance envers les étrangers. Fait-religieux publie en exclusivité les principaux résultats, commentés ici par Catherine Caron, directrice d'études chez Sociovision

La question de la religion au sein de la sphère professionnelle est une problématique qui prend de l'ampleur. Dans une France devenue plurielle en termes d'origines ethniques et culturelles, les dirigeants d'entreprise et les DRH se voient de plus en plus souvent confrontés à des salariés qui revendiquent un droit d'expression religieuse au sein de l'entreprise : possibilité de prendre un temps pour la prière au cours de la journée, jours de congés accordés pour les fêtes religieuses, autorisation du port de signes religieux sur le lieu de travail, etc.

Si les managers s'interrogent légitimement sur l'attitude à adopter face à ces nouvelles demandes, l'opinion des salariés sur la prise en considération de la religion dans l'entreprise ne laisse pas de place à l'ambiguïté : la très grande majorité d'entre eux se prononcent en effet pour le  respect d'un principe de laïcité : 60% partagent « tout à fait » l'idée que « l'entreprise doit rester un endroit neutre et ne pas prendre en considération les revendications d'ordre religieux » et 24% y souscrivent « plutôt », soit un total de 84%.

69% de musulmans favorables à la neutralité

Un score conséquent qui ne révèle pas de différences significatives liées au sexe, à l'âge ou au statut. La pratique religieuse est, en revanche, un critère plus clivant. Le taux d'adhésion à la neutralité de l'entreprise est moindre chez les salariés pratiquant une religion (74%) que chez les non-pratiquants ou athées (84%) ; de même, le type de religion a une incidence : les salariés se réclamant de l'islam, qu'ils soient pratiquants ou non-pratiquants, sont moins enclins à se déclarer pour la laïcité dans l'univers du travail (69%), que les catholiques (87%), par exemple. Des écarts relativement mineurs néanmoins, qui ne remettent pas en cause le large consensus autour du principe de neutralité religieuse de l'entreprise. Celui-ci reste nettement majoritaire dans toutes les catégories.

Lorsqu'il s'agit des implications concrètes dans le fonctionnement interne de l'entreprise, les salariés s'expriment très majoritairement, et de plus en plus, dans le même sens : 23% seulement trouvent aujourd'hui « normal que l'on aménage le lieu, les horaires de travail ou la restauration collective pour tenir compte des pratiques religieuses » ; ils étaient 30% en 2010.

Crispations vis-à-vis des étrangers

Une moindre acceptation des entorses faites à la laïcité qui intervient dans un contexte de crispation vis-à-vis des étrangers. Alors que la situation économique se dégrade et que la cohésion nationale apparaît fragilisée, l'ouverture à l'autre tend à s'effriter, notamment quand « l'autre » est d'origine étrangère (et a fortiori lorsqu'il est de culture et de religion différentes). Aujourd'hui, à peine 52% des Français pensent que « la présence d'étrangers appartenant à d'autres cultures est une chance pour la diversité et l'avenir de la France », soit 7points de moins par rapport à 2010, et près de deux sur trois (63%) estiment qu'« il y a trop d'étrangers en France », contre un peu plus d'un sur deux il y a quatre ans (55%).

L'expression moins décomplexée des croyances religieuses et la montée des revendications dans ce domaine, en particulier quand il s'agit de l'islam, avive le sentiment que les valeurs républicaines sont menacées et contribue à revigorer l'attachement à la laïcité comme liberté fondamentale collective. La religion est, de fait, réaffirmée comme relevant du domaine strictement privé.

Un réflexe de défense face aux intérêts particuliers, qui montre aussi que les salariés sont particulièrement soucieux que l'entreprise, qu'elle soit privée ou publique, demeure un creuset d'intégration républicaine, dans la fidélité à l'un de ses principes fondamentaux. Néanmoins une conception un peu différente de la laïcité semble se dessiner chez les salairés se réclament de l'islam. On, l'a vu 69% d'entre eux se disent favorables à la neutralité religieuse de l'entreprise, mais ils sont 63% à trouver « normal que l'on aménage le lieu, les horaires de travail ou la restauration collective pour tenir compte des pratiques religieuses ». Dans 95% des cas, les demandes à caractère religieux concernent l'islam, selon l'étude Institut Randstad/Observatoire du Fait Religieux en Entreprise de mai 2013.

Source : L'Observatoire de Sociovision. Enquête annuelle réalisée chaque année en juin-juillet auprès d'environ 2000 personnes de 15 à 74 ans, représentatives de la population française, quota Insee. 
Echantillon salariés : 1031 dans la vague 2010, et 1062 dans la vague 2013.

http://www.fait-religieux.com/france/laicite-1/2014/02/11/exclusif-84-des-salaries-sont-pour-la-neutralite-religieuse-en-entreprise